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Écrit par wallez   

 Français langue étrangère, outil d'intégration, jusqu'où ?

LES FAITS - La remise des Diplômes d'Etudes en Langue française à pratiquement 500 élèves de l'académie, Elèves nouvellement arrivés en France (ENAF) souvent arrivés en cours d'année, est l'occasion de faire un point partiel sur cet outil d'intégration mis en place à partir de 2005. Si la confiance insufflée par ce diplôme aux élèves récipiendaires est évidente et peut bâtir une motivation d'aller plus loin, aucune statistique officielle ne dit ce que sont devenus les ENAF des sessions précédentes, quel cursus ils ont suivi pour quel diplôme et quelle intégration.

Pourtant, le français langue étrangère, discipline à part entière , ayant tenu des Etats généraux en 2006 (1) est également un outil d'alphabétisation utilisé par les associations auprès des adultes et depuis cette année par l'Education nationale dans le cadre d'une opération nommée Ecole des Parents, expérimentée dans trois collèges des Bouches-du-Rhône, visant à une meilleure participation des parents à la scolarité de leurs enfants. Exemples au collège Henri-Barnier

 

Mardi 30 juin, dans les jardins du Rectorat, ils attendent, intimidés au point de peu parler. Le recteur de Gaudemar a lancé un défi à tous les élèves des Bouches-du-Rhône invités à recevoir le Diplôme d'Etudes de Langue Française (DELF): dire quelques mots dans leur langue d'adoption, le français. Et les quatre élèves du collège Henri-Barnier (Marseille 16e) font comme les copains: ils préparent dans leur tête deux ou trois phrases avant de les dire au micro. "Nous avons présenté dix candidats au DELF, six ont satisfait aux exigences des épreuves" explique Richard Guasch, principal adjoint.  "Leur premier diplôme en France" comme l'a défini le recteur dans son discours, leur souhaitant d'aller "jusqu'au brevet et au bac".

Le DELF est la certification délivrée par le ministère de l'Education nationale, proposé aux Elèves nouvellement arrivés en France (ENAF), mais également à des adultes, validant leurs premiers savoirs dans cette nouvelle langue. Le diplôme a été instauré par la circulaire de rentrée 2005. "Le recteur avait déjà décidé de sa mise en place à titre expérimental" précise le dossier de presse remis aux journalistes. "Cette première session avait abouti à des résultats très satisfaisants puisque la totalité des élèves présentés avaient été admis, 121 issus de 12 établissements scolaires" précise la même source. Plusieurs niveaux sont prévus, correspondant à l'architecture bâtie par le cadre européen de réfgérence dans les langues (de A1-A2 à C1-C2). L'enseignement donne lieu à une organisation spécifique. "Contrairement à d'autres collèges de Marseille, nous avons finalement peu d'ENAF" développe M. Guasch. "Les populations de notre zone, Bricarde, Castellanne, sont implantées et intégrées au tissu social français depuis fort longtemps, bien qu'originaires de l'immigration. Les élèves que nous avons présentés étaient tous dans leur première année de séjour en France.Dès qu'ils arrivent dans notre pays, nous les intégrons progressivement. Ils bénéficient de ce module de six heures de français  langue étrangère dispensé par des enseignants spécialisés. Nous avons même un professeur de maths et un autre en histoire-géographie qui, dans leur discipline, commencent à prendre les choses de façon plus soutenue". 

57 établissements ont mis sur pied un enseignement DELF, 38 dans les Bouches-du-Rhône, 4 dans les Alpes de Haute-Provence,  3 dans les Hautes-Alpes, 12 dans le Vaucluse.  "En très nette progression pour sa quatrième session" précise le dossier de presse, rappelant les chiffres des précédentes:  12 en 2006, 25 en 2007, 51 en 2008. 467 élèves ont reçu le DELF cette année, représentant 63 nationalités. Que deviennent-ils après ? Aucune statistique ne retrace les parcours majoritairement empruntés. Le DELF et le FLE quels outils  d'intégration ? Des professionnels de FLE, réunis en  Etats-Généraux (voir 1) évoquent la nécessité du recours à d'autres mécanismes, comme la discrimination positive, un sujet qui divise la communauté éducative et l'opinion publique.

L'Ecole des parents

Le melting pot (ou le salad bowl selon la conception que l'on a de l'intégration d'après une classification américaine) du collège Barnier est constitué de 28 nationalités. "Des braves gens en majorité, mais les conditions sociales  sont ce qu'elles sont" plaide le principal adjoint.  Très dégradées,estime Samia Ghali, maire PS de secteur et qui a rencontré le préfet sur ce sujet la semaine dernière. Pour elle, la cité de la Castellanne est "celle qui actuellement  présente des indicateurs tous au rouge", sous entendant des dangers d'explosion. Ghettoïsation ? "Il faut 45 minutes pour aller au centre-ville, en fait le centre-ville c'est le centre commercial Grand Littoral" argumente un partisan de cette thèse. Les autorités municipales, elles,  arguent qu'elles font des efforts pour intégrer cette cité.

Dans cette tentative d'intégration, l'Education nationale a mis en place cette année un dispositif Ecole pour les parents, s'inspirant d'un modèle déjà expérimenté au niveau associatif (voir 1). Trois collèges, dont Barnier, sont impliqués. "Une trentaine de parents répartis en quatre groupes ont suivi les cours de façon assidue pendant les quatre mois que nous avons consacrés à cette initiative" développe M.Guasch. Il s'agit principalement avec l'aide des professeurs de français langue étrangère, "mais également avec un professeur langue arabe et notre coordinatrice Zep" de travailler sur la langue. Faute de pouvoir recourir à de statistiques ethniques, il est difficile de mesurer la maitrise du français par les différentes composantes de nos cités, mais l'expérience de terrain atteste de certains no man's land qui peuvent étonner (voir notre reportage 2).

"Nous avons travaillé avec des associations dispensant l'aphabétisation pour coordonner nos efforts". L'an prochain, "selon les moyens mis en place, nous verrons si, l'année prochaine, nous pouvons aller plus loin avec du travail de culture générale, aller au cinéma, ou à la bibliothéque Saint-André" conclut le principal adjoint. Cette opération Ecole des parents avait fait l'objet d'un paragraphe dans la circulaire de rentrée 2008 et a été rappelée dans une circulaire ministérielle récente.  "Le but est de créer du lien social entre le quartier et le collège, les familles souvent hésitent à intervenir auprès des enseignants ou de notre direction, par timidité linguistique souvent. Notre objectif est aussi de mieux faire connaître le système éducatif français" poursuit M.Guash.

Le ministère Darcos, en mettant ce dispositif enplace, espérait également que les parents puissent - un jour- aider leurs enfants dans leurs devoirs pour commencer à combler le fossé culturel, véritable boulet tiré par la grande majorité de ces enfants. C'est plus simple au primaire (2), "au collège, cela demande d'autres mécanismes, d'autres acquisitions du langage, même si cela reste un but à terme'" conclut le principal adjoint. " Ce qui contribue davantage à l'égalité des chances, c'est bien l'accompagnement éducatif, le soir après les cours. L'aide aux devoirs, mais aussi les autres activités dans les deux champs définis par la circulaire (ndlr sportif et culturel) donnent des résukltats tangibles".

Signalons pourtant que les syndicats d'enseignants ne sont pas convaincus. la FSU a demandé au recteur une évaluation du dispositif Ecole des parents. Et la grande majorité des syndicats, souhaitant que ce travail de remédiation se fasse pendant le temps de service,  en classe donc, relève que les enseignants, sur l'ensemble de l'Académie, " ne se pressent pas pour être volontaires, malgré les taux en heures supplémentaires" et doutent donc "de l'efficacité du dispositif puisque ce ne sont pas des enseignants qualifiés qui font le soutien".

Enfin, signalons que le collège Barnier rencontre encore en termes de statistiques, profil des élèves, résutats scolaires,  des difficultés plus importantes que la moyenne de l'académie bien entendu, mais aussi du bassin.

(1) http://flefls.free.fr/EG_FLEFLS/EG_FLE-FLS_CR.pdf

EXTRAITS

2. Institutions
2.1 L'institution scolaire en France
La démocratisation du système scolaire, qui a été jusqu'ici conduite avec la logique démocratique
d'égalitarisme, doit désormais intégrer une autre logique, celle de la différenciation et de
l'autonomisation de l'apprentissage. Mais certains enfants, et parmi eux beaucoup de ceux qui
sont de milieux populaires et d'origine étrangère, ne se retrouvent pas à égalité avec d'autres
face à ce projet pédagogique, de sorte que la question de la « discrimination » positive, ou
plutôt de la promotion sociale et culturelle des plus défavorisés, se pose de manière incontournable.
À quoi bon défendre sur le plan international des valeurs qu'on ne défendrait pas concrètement
chez nous ? La défense du français et d'une certaine idée de la langue française, ce n'est pas
seulement une bataille à gagner pour faire une place à la langue de Molière ou de Prévert au
moment des Jeux Olympiques. Cette défense implique d'assurer chez nous la défense des variétés
de parlers français ainsi que la reconnaissance du plurilinguisme dans notre pays.
Une autre bataille doit se jouer sur le terrain des valeurs et des idéaux républicains français.
En particulier ceux qu'affirment la loi sur la laïcité et la liberté de conscience, loi unique au
monde qui protège la liberté d'exprimer ses convictions et ses croyances mais autorise également
à les discuter et à les critiquer.
2.2 Les institutions de formation pour adultes
En fonction du contexte socio-économique, les flux migratoires évoluent et avec eux les dispositifs
de formation et d'insertion des institutions qui assurent le terrain.
En formation de base la demande est très forte, alors même que trop de formateurs sont
abandonnés à leur initiative sans avoir reçu une formation adéquate pour la formation dans
une perspective d'intégration-insertion sociale de populations d'origine étrangère souvent
stigmatisées et confrontés à la pauvreté. Le travail avec ces populations pose la question éthique
du sens de ce projet d'intégration-insertion : Qui ? Pourquoi ? Que s'est-il passé avant ?
Que se passera-t-il après ?... Les besoins exprimés par les formateurs sont généralement liés
en un premier temps aux aspects linguistiques (par exemple avoir reçu une formation en al8
phabétisation), aux outils, aux méthodes, aux démarches utilisées. Mais apparaissent aussi des
besoins concernant le milieu et l'insertion professionnelle, la connaissance des publics, le travail
en réseau, les différentes formes de médiation sociale.
Ces formateurs, qui sont les acteurs clés des dispositifs de formation, sont souvent à l'image
de leurs élèves et aussi des organismes qui les emploient, avec comme maître mot la précarité
: les dispositifs de formation sont éphémères ou se transforment d'une année sur l'autre.
Les directeurs ne peuvent assurer la pérennité de l'emploi, le statut du formateur est donc lui
aussi précaire. Éducateurs spécialisés, animateurs culturels, professionnels du FLE-FLS, quelle
que soit leur dénomination professionnelle, vivent des conditions de travail très difficiles.

(2) http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=category&id=43&Itemid=57&e7140778d80b879bd43e41bf1735f7b7=b3dc4fc24c6f8a16d144a8643998de65

 
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