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La recomposition syndicale sera au coeur des débats du Congrès national de Lille
La première journée du Congrès de la FSU 13,mercredi 20 à Salon, avait montré que deux grands thèmes d'actualité suscitaient des positions contradictoires: le niveau de recrutement dans la réforme de la formation des enseignants et la recomposition syndicale (quels liens avec la CGT et Solidaires). Dans l'optique du rendez-vous national de la FSU à Lille (1-5 février), le Congrès de la Fédération des Bouches-du-Rhône a donné hier à Salon sur ces deux questions des mandats à sa délégation dont l'un d'extrême justesse dans le cadre d'une majorité qualifiée à 75% fixée par les statuts
Contenu
1. La synthèse
2. Interview de Jean-François Longo, secrétaire départemental
3. Des extraits des textes adoptés
1. La synthèse
Hier, lundi 25 janvier, vers 15h45, dans la salle du Centre Trenet à Salon, a pesé un grand moment de silence et d'incertitude parmi les quelque130 représentants des sections locales au Congrès départemental de la FSU. Attaqué une heure avant l'interruption du déjeuner, le débat sur le thème IV "Quelle FSU pour quel syndicalisme ?", véritable exercice d'introspection, débouchait logiquement sur la tenue d'un vote après quelques accrochages verbaux au fil des interventions.
Dans un premier temps, la synthèse du rapporteur obtenait 75,36% des voix, les statuts de la FSU exigent une majorité de 75% pour être dépositaire du mandat de la fédération départementale sur un thème auprès du Congrès national. Mais les minoritaires contestaient l'opération de comptage, en particulier une voix "pour", qui, retranchée, pouvait tirer la majorité en dessous de la barre des 75%. Jean-François Longo, secrétaire général, demandait, "en regrettant ce qui est en train de se passer", la tenue d'un nouveau vote. Cris, sifflets des majoritaires refusant cette décision. Confusion et incertitude quant à l'issue. Des congressistes avaient quitté la salle. Libérant les tensions, le deuxième tour donnait une majorité de 75, 18%.
Ce thème, un des quatre qui a été proposé aux adhérents départementaux, est au coeur de la définition de son identité que la première fédération de l'enseignement va réactualiser au Congrès national de Lille. Il pose, entre autres, la question de la "recomposition syndicale", jugée indispensable par majoritaires et minoritaires mais pas sur les mêmes bases. En particulier pose problème le nom des éventuels partenaires, CGT, Solidaires, les alliés actuels et Unsa plus éloigné aujourd'hui ainsi que la place de chacun dans "la démarche d'unification". Aucune tendance de la FSU ne demande une fusion, aucune ne précise quelle structure, si structure il doit y avoir, a sa préférence. "Nous créerons en marchant" expliquait Laurent Tramoni, le rapporteur de ce thème.
La principale tendance minoritaire Ecole Emancipée avait proposé un amendement précisant une vision. "L'implication de la CGT, première organisation du monde du travail est décisive pour avancer concrétement sur cette recomposition syndicale. Mais l'association de Solidaires, d'équipes syndicales, de syndiqués d'autres organisations et des salariés en général l'est tout autant". Le rapporteur au nom de la tendance majoritaire autour de Unité et Action estimait "qu'il ne pouvait être question de mettre sur un même niveau la CGT et Solidaires, même si nous entendons avancer sans exclusive". Michele Panizza, représentant le SDU, syndicat de la FSU chez les territoriaux, symbole de l'élargissement hors Education, exprimait ses craintes quant à l'adhésion de sa base sur un rapprochement trop étroit avec la CGT.
Autre question faisant débat dans ce thème IV: l'obligation statutaire des 75%. Les lignes 578 et579 demandent que "Le FSU doit modifier les réglements intérieurs de ses instances afin que les votes en abstention ne soient plus comptabilisées comme des votes exprimés". Le rapporteur rappelait les difficultés à obtenir des mandats avec ce modes de calcul, Ecole Emancipée affirmait son attachement au maintien de cette règle. Mais sa demande de retrait de ces lignes a été rejetée.
Enfin un chapitre a été consacré au bilan des Conseils fédéraux Régionaux (CFR), créée à partir du Congrès FSU de 2007. Des propositions d'amélioration ont été adoptées.
Compromis sur la formation
Le thème 1 "Education, formation, recherche, enjeux d'avenir" dressait un tour d'horizon des grands dossiers actuels de l'Education, permettant aux militants de mettre à jour leur vision éducative collective. Non aux réformes néo libérales, non à la réforme du lycée, non aux réductions de postes, des propositions également. Les points d'accord ont été nombreux. Pourtant existe une note discordante dans cette harmonie globale. Si tous refusent la réforme de la formation des enseignants et même le mot "masterisation" soupçonné d'être une arme forgée par "ennemis et adversaires", si tous acceptent une hausse du niveau de recrutement (depuis 1989 fixé pour tous les corps à bac + 3), les syndicats n'ont pas avancé à la même vitesse sur le niveau souhaité.
Le Snes et le Snep dans le second degré se sont mis d'accord sur un recrutement à la fin de Master 2 (Bac +5), le SNUipp, majoritaire dans le premier degré, n'est pas encore fixé. Cette contradiction interne génère des dysfonctionnements. Hier, Christophe Doré, au nom du SNUipp 13, a fait accepter par le Congrès un amendement. "Le niveau de recrutement n'étant pas défini dans les mandats de certains syndicats nationaux, la FSU doit, pour le moment, laisser cette question en suspens pour respecter les mandats des syndicats nationaux, qu'ils soient élaborés ou restant à élaborer".
Ce compromis accepté par les enseignants du second degré, hier, constitue une position d'expectative. "Nous faisons confiance à la sagesse du Congrès national" expliquait Jean-François Longo, secrétaire général, en analysant que ce thème serait un enjeu majeur à Lille. Le texte amendé du rapporteur sur l'ensemble du thème 1 était approuvé à 87%.
En fin d'après-midi, deux autres thèmes étaient examinés et votés. Thème 2, le service public et la fonction publique sont un richesse - Thème 3 Pour des alternatives économiques, sociales et environnementales. Enfin, deux propositions de changement de statuts étaient rejetées: une parité sur un mode impérieux, inscrite dans les textes et l'interdiction de plus de trois mandats successifs.
2. Jean-François Longo, secrétaire général de la FSU 13
Le secrétaire général de la FSU 13 est intervenu pour rétablir l'ordre alors que le résultat du premier vote sur le Thème IV était contesté par la minorité autour de l'Ecole Emancipée (voir synthèse). Prenant la parole alors que la confusion régnait, il a déclaré, s'adressant à la minorité. "Je vous demande la plus grande sérénité. Je regrette ce qui est en train de se passer, j'apprécie peu la méthode, je le dis tranquillement" avant de demander qu'un nouveau vote soit organisé. Il avait répondu aux questions de la presse à l'issue du vote sur le thème 1.
Quels sont les thèmes majeurs de ce congrès de la FSU 13
Jean-François Longo. Le 4 (Quelle FSU pour quel syndicat ?) et le 1 (Education formation, recherche me semblent l'être. Les autres sont certes importants, mais ces deux sujets cités ont cristallisé tous les débats plus ou moins récents de notre organisation en tous cas. La question de la formation des maîtres est au coeur des batailles depuis que la réforme du gouvernement est en chantier, avec mise en application à partir de la rentrée prochaine. Et puis le débat sur la place de notre syndicat et du syndicalisme a été ouvert à partir des questions de représentativité mais également à la lumière du mouvement tel qu'il a été mené à partir de fin 2008 jusqu'à aujourd'hui avec son pic et son creux. La question qui se présente à nous est : comment le mouvement syndical peut-il répondre à la crise économique et sociale ? Les autres questions n'étaient pas subsidiaires, mais nous travaillons tout au long de l'année sur les questions revendicatives du thème 2 par exemple.
Vous souhaitiez parvenir à un accord sur le niveau de recrutement...
JFL Et nous n'y sommes pas parvenus. Nous souhaitions être plus précis que le niveau national, mais le SNUipp a considéré que le travail en son sein n'avait pas été suffisamment avancé pour pouvoir prendre une position commune. Nous en restons à ce qui fait les compromis fédéraux pour le bon fonctionnement et la bonne entente entre le Snes, le Snuipp entre autres. Dont acte. Nous prendrons le temps du débat. En prenant conscience que nous ne sommes pas les seuls en jeu, le gouvernement recrute pour la rentrée de septembre et les jeunes qui vont être les candidats aux concours. Ce qui peut nous rassuer ponctuellement, c'est que nous avons interrogé le recteur vendredi sur les modalités de mise en oeuvre de la réforme avec ces jeunes dans les établissements et qu'il n'était pas plus avancé que nous.
Comment et quand parvenir à une position commune sur le niveau de recrutement ?
JFL - Pour moi, la date du Congrès national du SNUipp est la dernière échéance possible. Mais les collègues ont travaillé et avancé. Au Snes, il y a le désir légitime de voir éléver le niveau de recrutement, au SNUipp on était en train de digérer le niveau Bac + 3 imposé plus tardivement que dans le second degré. Parler de Bac + 5 apparait peut-être comme étant précipité. D'autres effets entrent en jeu, ne particulier la disparition des IUFM, perçue comme une agression, une violence de plus du gouvernement. Mais tout le monde est d'accord pour que le recrutement et les pré recrutements que nous défendons se fassent au niveau de Master, la question qui est posée, c'est à quel moment. Le SNUipp voudrait que soient introduits des éléments de professionnalisation, pédagogie etc... Tout n'est pas terminé en termes de discussions, mais j'ai bon espoir. Pour l'essentiel, on se tourne vers la sagesse du Congrès national, c'est une question compliquée, qui a fait l'objet de beaucoup de débats dans les sections et qui n'a pas encore trouvé de réponse. Je ne sais pas si le Congrès national va trouver une solution, mais ce sera un débat important
Le Baromètre FSU Via Voice de janvier (1) dresse un constat: une population français pense majoritairement qu'une action des syndicats est indispensable dans le contexte économique et social, mais une grand partie exprime également des doutes sur l'efficacité de la pression syndicale. Un commentaire ?
JFL - De ce sondage comme des précédents, je retiens d'abord un écart entre l'analyse des salariés du service public qui ont participé à une action récente et celle des Français. Pourtant dans l'ensemble les conclusions attestent un niveau élevé du désir de mobilisation et de participation à une action. De touts façons, ce sondage traduit une insatisfaction sociale importante. Le secteur public, lui, est clairement plus mobilisé sur des formes d'action comme la pétition, écho sans doute du succès de la votation citoyenne lancée sur le statut de la Poste (Ndlr plus de deux millions de signatures), même si l'impact n'est pas à la hauteur de la forte participation. Nous avons pourtant c'est certain des difficultés à faire émerger des thèmes qui soient fédérateurs, le journal Le Monde a publié vendredi les notes du ministre du Travail Xavier Darcos montrant la diversité des sujets de mécontentement. La question du pouvoir d'achat a pris une grande place, en même temps qu'émerge la question des retraites et qui peut devenir dans la période à venir un sujet fédérateur. Mais il faut relever une volonté affichée du gouvernement de résistance aux revendications syndicales. Quant à l'alternative politique à ce gouvernement, elle n'a pas construit à ce jour une crédibilité qui pourrait être mise en cohérence avec les revendications.
La tendance à la désunion des syndicats, émanation de la volonté de chacun de définir et défendre son identité, mais en même temps facteur d'affaiblissement a repris le dessus depuis la déclaration commune du 5 janvier 2009...
JFL C'est effectivement une réalité du moment qui a succédé à l'unité syndicale qui a présidé à l'action globalement pendant le premier semestre de 2009. On l'a vu sur le mouvement du 21 janvier, plusieurs organisations ont appelé à la grève, mais sur des bases différentes à l'Unsa et au Sgen. Ces dernières ont estimé que les motifs d'insatisfaction étaient réels, mais que les divergences étaient suffisantes pour ne pas s'associer à la manifestation. Et enfin on a vu y compris une organisation FO qui a fait le tour des écoles en particulier dans ce département pour leur expliquer pourquoi il ne fallait pas faire grève. Les collègues de la base concluent que ce n'est pas dans cette division que l'on parviendra à renverser un projet du gouvernement. Pour l'avenir, nous n'excluons rien, nous continuerons à oeuvrer pour l'union.
3. Extraits des textes adoptés
Thème 1.
Lignes 161 à 164
"En vidant de leur sens les garanties d'égalité que sont les cadrages nationaux des horaires et des programmes (plus d'un tiers des horaires laissés à la libre appréciation du chef d'établissement, la réforme Chatel organise la libéralisation du service public d'éducation. Le renforcement massif de l'autonomie des établissements, le décret sur l'EPLE qui accentue le pouvoir du Chef d'établissement au détriment du cnseil d'administration, qui instaure un Conseil pédagogique comme une nouvelle hiérarchie intermédiaire et les décrets sur la réforme du lycée traduisent le désengagement de l'Etat, remettent en cause l'existence même du baccalauréat comme diplôme, premier grade universitaire et aboutiront à l'appauvrissement de l'offre de formation et à la mise en concurrence accrue des établissements, renforcée par la suppression de la carte scolaire. L'éviction du lycée des élèves les plus fragiles (marginalisation de l'enseignement technologique après celle de l'enseignement professionnel) aurait pour conséquence l'augmentation du nombre des élèves relevant de l'insertion professionnelle et non plus de le l'Education nationale. La FSU se prononce pour le retrait des décrets Chatel sur la réforme des EPLE et du lycée (contenus, orientation)"
Thème 4
Texte originel (dans un corpus entre lignes 194 à 260)
"Compte tenu de sa place reconnue de première organisation du monde du travail, rien ne pourra se faire sans la CGT. Il ne s'agit pas pour nous de brader les acquis et les spécificités de la FSU, en particulier la démocratie et le pluralisme internes, par une dissolution ou une absorption de notre fédération dans une confédération actuelle. Si la CGT occupe une place incontournable, cette démarche d'unification doit être initiée sans exclusive".
Ecole Emancipée propose ce paragraphe à la place
"L'implication de la CGT,première organisation du monde du travail est décisive pour avancer concrétement sur cette recomposition syndicale. Mais l'association de Solidaires, d'équipes syndicales, de syndiqués d'autres organisations et des salariés en général, l'est tout autant opour que le processus soit porteur d'une dynamique puissante et rassembleuse. Il s'agit pour nous de ne pas brader les acquis et les spécificités de la FSU, en particulier la démocratie et le pluralisme internes par une dissolution de notre fédération dans une confédération actuelle, pas non plus d'aboutir à une fusion d'organisations qui limiterait la recomposition à un accord d'appareil sans souffle et dans lequel nous n'engagerions pas notre fédération. Aussi cette démarche d'unification doit être initiée sans exclusive." |