|
Les universités Aix-Marseille seront-elles pôles d'excellence?
Alors que les Conseils d'administration des trois universités d'Aix-Marseille voteront dans la semaine sur un texte commun recensant les grands principes fondant la future Université unique, Nicolas Sarkozy annonçait que le Grand emprunt servirait, entre autres, à investir 11 milliards dans l'enseignement supérieur et 8 dans la recherche. Après les 500 millions en dotation de capital qui leur furent alloués dans le cadre du Plan Campus, les universités Aix-Marseille seront-elles aussi d'excellence ? Le président de la République souhaite que, entre 5 et 10 universités françaises, se partagent 7,7 milliards d'euros toujours en dotation de capital, destinés à faire émerger des établissements de visibilité mondiale ? Un jury international désignera les heureux élus, les dates et les modalités restant à préciser. Le Snesup et l'Unef craignent que cette opération ne renforce un enseignement supérieur à deux vitesses...
1. Discours du président Sarkozy
http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode=view&cat_id=8&press_id=3186
LES PRIORITES NATIONALES Enseignement supérieur et formation Montant de l'action : 11 Mds€ Campus d'excellence : 7,7 Mds€ Opération Campus : 1,3 Md€ Saclay : 1 Md€ Formation professionnelle : 0,5 Md€ Egalité des chances : 0,5 Md€ Enjeux Le gouvernement a engagé une réforme majeure avec l'autonomie des universités et la rénovation de leurs structures. Actuellement 18 universités ont opté pour l'autonomie et au 1er janvier prochain, 33 autres les rejoindront, portant ainsi à plus de 60% la proportion des universités qui ont, avant la date prévue, accepté de devenir autonomes. Plusieurs sont en train de préparer le passage à la pleine propriété de leur patrimoine. Un effort budgétaire sans précédent est fait de puis deux ans pour les universités et leurs personnels. La rénovation des universités françaises est en cours, après plusieurs décennies d'immobilisme et de stagnation budgétaire. L'autonomie et le mandat unique de gestion leur permettra de se mettre au centre du dispositif de recherche. L'enseignement supérieur et la recherche sont une priorité nationale qui doit s'accompagner d'une recomposition de nos forces, aujourd'hui trop éclatées entre universités, organismes de recherche et grandes écoles. Pourquoi investir ? Dans tous les grands pays étrangers qui ont réussi à se hisser aux premières places de la société de la connaissance, les universités sont au coeur du système de formation supérieure et de la recherche scientifique. Elles permettent à des générations de jeunes de se former dans les meilleures conditions, et d'entrer ainsi sur le marché du travail avec le maximum d'atouts. Au nom de quoi devrait-il en être autrement en France ? Un pays qui n'investit pas suffisamment dans son éducation et sa recherche tourne le dos à l'avenir. Comme l'ont souligné Alain Juppé et Michel Rocard dans leur rapport, la priorité n°1 de l'Emprunt national doit être l'enseignement supérieur la formation et la recherche. L'enseignement supérieur et la formation sont le symbole même de l'investissement d'avenir. L'Emprunt national est l'occasion de soutenir et d'approfondir la transformation indispensable de notre système d'enseignement supérieur et de recherche. Investissements d'avenir proposés : 1. Les campus d'excellence, le niveau de visibilité mondial qui manque à la France L'Emprunt national va permettre de doter en capital 5 à 10 campus d'excellence dans la continuité des réformes entreprises depuis 2007. Il s'agit de transformer l'essai de la réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche en faisant émerger des sites d'excellence, visibles au plan mondial. Les projets qui seront labellisés campus d'excellence devront réunir sur un site ou une grande région, les meilleures écoles doctorales et les équipes de recherche d'excellence, les meilleures grandes écoles, et ce dans un partenariat étroit avec l'environnement économique. C'est ce qui caractérise partout dans le monde toutes les grandes universités de recherche. Les lauréats, en nombre réduit, recevront une dotation en capital qui pourra aller jusqu'à 1 milliard d'euros afin que les grands établissements d'enseignement et de recherche français soient enfin dotés de capitaux propre, garantie de leur autonomie et de la pérennisation de leurs ressources. Ces dotations faciliteront aussi l'appel à des partenariats privés. Les dotations seront accordées sur appel à projets et sélection par un jury international, à des universités et regroupements d'universités et de grandes écoles qui se donneront une gouvernance modernisée et une gestion efficace, avec un engagement clair sur des objectifs et des résultats. Il s'agira de se rapprocher des organisations de gouvernance observées dans toutes les grandes universités de recherche du monde : exécutifs resserrés, ouverts, et équilibrés par des instances académiques collégiales délibératives. 2. L'opération campus, pour des campus accueillants et attractifs L'opération Campus bénéficiera bien d'une dotation de 5 milliards d'euros au total. Ils sont répartis entre dix projets de remise aux normes de dix grands campus : Aix Marseille 500 M€ Bordeaux 475 M€ Campus Condorcet 450 M€ (Paris-Aubervilliers), Grenoble 400 M€ Lyon 575 M€ Montpellier 325 M€ Paris 700 M€ Saclay 850 M€ Strasbourg 375 M€ Toulouse 350 M€ Les signatures de contrats de partenariats public-privé devraient intervenir d'ici un an et les premiers travaux commencer alors. 3. Saclay, le plus important campus scientifique et technologique européen Depuis plus de tente ans se sont établis à Saclay les meilleurs établissements scientifiques et les meilleures équipes de recherche françaises. Cet ensemble est dispersé entre universités, grandes écoles et organismes de recherche sans qu'aucune synergie significative ne permette de générer cette fertilisation croisée qui ferait du plateau de Saclay un des plus importants et des plus attractifs campus scientifique d'Europe, attractif pour les meilleurs scientifiques, les meilleurs étudiants et les entreprises les plus innovantes. Le plateau de Saclay est un des chantiers présidentiels. Autour de la fondation de coopération scientifique du plateau de Saclay une stratégie scientifique commune à l'ensemble des acteurs est en train d'être élaborée. Le projet de loi sur le Grand Paris, en cours de discussion au Parlement, comporte un volet destiné à fixer le cadre institutionnel de l'établissement public qui assurera la maîtrise d'ouvrage de l'ensemble du projet et participera à la mise en oeuvre de la stratégie scientifique des établissements d'enseignement supérieur et de recherche. Une mission de préfiguration de cet établissement public, dirigée par Pierre Veltz a été constituée. L'attribution à l'opération Saclay d'un milliard grâce a l'Emprunt national, en plus de la dotation de 850 millions d'euros déjà prévue au titre de l'opération Campus rendra possible tous les regroupements prévus : Grandes écoles de Paristech, mais aussi Normale sup Cachan, Centrale Paris. La mise en synergie des grandes écoles de Paristech regroupées à Saclay, de l'Université de Paris 11 réorganisée et rénovée sur le plateau de Saclay, de l'Ecole Normale supérieure de Cachan et de l'Ecole Centrale de Paris regroupées elles aussi sur le plateau de Saclay, avec les autres institutions et les laboratoires des organismes de recherche déjà présents, fera de ce site un des meilleurs centres mondiaux de recherche et d'innovation. L'opération du plateau de Saclay est le symbole même de l'investissent d'avenir. 4. La formation professionnelle La valorisation des formations en alternance, en particulier l'apprentissage, est une priorité du Gouvernement. Ces filières sont des filières d'excellence pour doter la France des compétences dont elle aura besoin demain et pour réussir l'insertion professionnelle des jeunes. Ce seront donc 500 M€ qui seront investis dans l'appareil d'apprentissage (rénovation et construction de centres de formation, mise aux normes, adaptation aux évolutions technologiques et aux moyens de production existant dans les entreprises) et dans des solutions d'hébergement pour les jeunes. 5. L'égalité des chances Doter la France d'universités et de campus de classe mondiale serait insuffisant si nous n'offrions pas à tous les jeunes français, quelles que soient leurs origines sociales une vraie chance d'accéder aux meilleures formations, aux meilleures grandes écoles, aux meilleures universités. Les internats d'excellence sont un des principaux outils pour l'égalité des chances, condition indispensable pour que les talents de la jeunesse s'expriment et apportent leur intelligence et leur dynamisme au pays. C'est dans l'égalité réelle des chances que se forge aussi notre identité nationale. L'Emprunt national participera aussi à cet investissement d'avenir qu'est l'égalité des chances
Extrait de l'introduction du discours présidentiel: "L'enseignement supérieur doit devenir un des moteurs de la croissance de demain. Dans la concurrence internationale au XXIème siècle, la qualité de formation de la main d'oeuvre constitue un avantage stratégique. Il existe clairement un lien entre la productivité d'une économie et l'effort consacré à l'enseignement supérieur ainsi que la gouvernance de ce dernier. Or, la proportion de diplômés du supérieur au sein de la population âgée de 25 à 65 ans en France est plus faible que dans les pays anglo-saxons et les pays scandinaves : elle n'est que de 24% contre respectivement 38% et 34%. Mais il ne s'agit pas seulement d'augmenter les moyens de l'enseignement supérieur : il faut au préalable rendre ce secteur plus efficace. C'est ce qu'a fait le Gouvernement avec la loi sur l'autonomie des Universités. Maintenant que les structures en place ont été rendues plus performantes, l'Etat va pouvoir investir massivement dans des pôles universitaires d'excellence avec la certitude de préparer l'avenir de l'économie française. Voir à partir du lien le croquis sur "Variation de la dépense réelle dans l'enseignement supérieur sur 2000-2005 - Année 2000 = 100. Source: OCDE", montrant clairement le retard de la France.
2. Les réactions
La première organisation étudiante, l'Unef, a demandé lundi au président Nicolas Sarkozy de "revoir sa copie" sur le grand emprunt, estimant que les priorités retenues allaient "accroître les inégalités entre universités". Dans un communiqué, l'Unef "estime que les priorités retenues par le Président de la République vont creuser les inégalités entre universités et n'apportent aucune réponse aux attentes des étudiants".
L'objectif de faire émerger 5 à 10 "campus d'excellence" "va avoir pour conséquence d'accroître les inégalités et la concurrence entre universités".
"L'objectif d'une politique universitaire digne de ce nom ne doit pas être de tirer quelques établissements du lot pour les rendre compétitifs sur le plan international, mais bien d'emmener l'ensemble de notre système vers l'excellence", juge l'Unef.
"En faisant le choix de faire émerger 5 à 10 pôles d'excellence, Nicolas Sarkozy relègue durablement les petites universités au second plan alors même qu'elles jouent un rôle essentiel pour la démocratisation de l'accès aux études", estime l'organisation.
"Malgré la crise, rien n'est prévu dans le grand emprunt pour améliorer les conditions de vie étudiantes et l'insertion professionnelle des jeunes diplômés", regrette l'Unef.
Le grand emprunt, dont le président Nicolas Sarkozy a détaillé les priorités, risque "de creuser les inégalités" entre universités et va les mettre en "concurrence", a estimé lundi le syndicat national de l'enseignement supérieur Snesup dans un communiqué.
Les annonces du président "réaffirment la logique sélective d'attribution de montants à 5, à 10 campus ayant préalablement dû se plier aux injonctions gouvernementales", critique le syndicat.
"L'absence de débat démocratique contradictoire et de critères transparents de répartition risque de voir régner l'arbitraire dans le choix des sites et des thématiques privilégiés par des personnalités politiquement nommées à la légitimité contestable", estime le syndicat.
Les modalités d'utilisation du grand emprunt "confirment la conception capitalistique en immobilisant une grande partie des sommes et laissant utilisables les maigres intérêts produits", regrette le syndicat.
Le Snesup "considère que la logique dont procède la levée des fonds, leur répartition pour l'enseignement supérieur aux seuls +campus d'excellence+, et leur utilisation, risque d'accélérer le creusement des inégalités et la mise en concurrence opposant des centres d'+excellence+ à des +collèges universitaires+ de seconde zone".
Sans toucher au capital, ces campus pourront utiliser les revenus qu'il générera. Selon la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, un milliard d'euros, (NDLR somme en dotation de capital alloué à chaque université d'excellence" placé "en bon père de famille", gènérera quelque 40 millions d'euros par an, qui pourront être utilisés pour financer la recherche et les programmes d'enseignement.
Le grand emprunt va "ouvrir un nouvel âge d'or pour la recherche" et aura "des répercussions au décuple sur le dynamisme de la France", a déclaré lundi la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse.
"C'est un très grand jour pour l'enseignement supérieur et la recherche. Avec ces 25 milliards d'euros, on peut lancer une dynamique de projets qui peut ouvrir un nouvel âge d'or pour la recherche", a déclaré Mme Pécresse interrogée lors du Talk Orange-Le Figaro.
"Ce sont des investissements qui vont avoir des répercussions au décuple sur le dynamisme de la France", a-t-elle ensuite déclaré à LCI.
"La crise peut avoir des effets extrêmement rudes de transfert massif de la création de richesses en Asie. Si nous voulons garder les emplois de demain, les usines, la production, il faut qu'on fasse de la recherche", a-t-elle expliqué, soulignant que "nous (étions) dans une économie de la connaissance". |