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Faut-il revenir à la carte scolaire pure et dure ?
Le rapport récent de la Cour des comptes demandé par le Sénat (1) a relancé le débat sur l'assouplissement de la carte scolaire, justifiant une intervention de Luc Chatel mardi 10 novembre. Le ministre a réaffirmé sa volonté de poursuivre "le processus jusqu'au bout" (la disparition à terme de la carte ? (2), mais dans le cadre de discussions avec les divers partenaires. Certains syndicats d'enseignants, comme le Snes par la voix de Roland Hubert son secrétaire général que nous avons sollicité et le Se-Unsa, estiment nécessaire un débat, mais rejettent l'hypothèse de la suppression pure et simple. Ils s'appuient sur les conclusions "sans ambiguité" du rapport.
Des collèges Ambition réussite, les plus défavorisés, sont, dans l'Académie Aix-Marseille, "en danger car en sous effectif". Un collège, certes délabré, a déjà été fermé sur Avignon, ayant perdu 50% de ses effectifs.
Interviews des secrétaires académiques de ces organisations qui décrivent la situation dans l'Académie Aix-Marseille, un territoire abondamment cité dans le rapport
http://blogs.laprovence.com/comptes/pwallez/index.php/post/09/11/2009/Le-rapport-de-la-Cour-des-comptes-genere-des-debats
(2) Initialement annoncée à la rentrée 2008 sous conditions par X.Darcos, repoussée à 2010 http://www.touteslesreformes.com/accueil/index.php?intChannelId=4
http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_de_la_se/la_lettre_de_l_educa/&key=itm_20080618_160716_lettre_du_18_juin.txt&key2=itm_20080619_000338_suppression_de_la_carte_scolaire.txt
1. La synthèse
Le ministre de l'Education nationale Luc Chatel a déclaré mardi sur France Info qu'il comptait "aller au bout de l'assouplissement de la carte scolaire". Mais ce dans le cadre de discussions que "nous allons entamer dans les prochains jours avec les organisations syndicales. Certaines ont fait des propositions sur le sujet. J'y suis sensible. (...) J'ai proposé, et je le soumets à la discussion aux organisations syndicales, que par exemple les élèves issus des quartiers difficiles, ce qu'on appelle les +réseaux ambition réussite+, puissent être prioritaires pour choisir leur collège de manière à pouvoir ouvrir le choix et à assurer un véritable brassage", a ajouté M. Chatel.
Roland Hubert, secrétaire général du Snes, sollicité par nos soins a estimé mercredi 11 novembre "qu'il fallait entamer effectivement un débat. S'il s'agit de suppression pure et simple,nous y sommes farouchement opposés. C'était quand même l'objectif initial annoncé en mai 2007 par le président de la République. L'ancienne formule marchait mal, mais telle qu'elle est pratiquée actuellement, la carte génère des attitudes consuméristes qui ne correspondent pas à l'idée que nous nous faisons de l'Ecole de la République. Elément incontournable enfin, une carte scolaire doit comporter le souci d'assurer une certaine mixité sociale"
Le ministre était interrogé sur une enquête de la Cour des comptes, relayée par la Toile de l'Education du Monde.fr dès mercredi dernier et selon laquelle 186 des 254 collèges du réseau "ambition réussite" ont perdu des élèves en 2008, du fait de l'assouplissement de la carte scolaire, certains de ces établissements "jusqu'à 10%" d'élèves". "Ils ont perdu en moyenne 7% d'élèves, mais de l'autre côté nous avons 50 collèges qui ont vu augmenter leurs effectifs, donc ne voyons pas uniquement le résultat à sens unique", a commenté M. Chatel.
Cette "hiérarchisation" au sein d'un même périmètre Ambition Réussite est un constat dressé par l'administration de l'Académie Aix-Marseille qui a été abondamment citée dans le rapport, le recteur de Gaudemar ayant été entendu au sénat lors de la présentation oficielle. Certains établissements marseillais Ambition Réussite, par le jeu des dérogations, gagnent des effectifs, comme le collège Elsa Triolet, qui dès juillet 2007 à l'annonce des nouvelles règles de carte scolaire "est devenu le 4e établissement le plus demandé du département" (IA 13) (5). Toujours selon l'Inspecteur d'académie, à la même date, les collèges marseillais Wallon et Ferry, également Ambition réussite, figuraient parmi les 15 plus demandés du département. D'autres, sans doute désertés par leurs meilleurs éléments, concentrent désormais les publics les plus difficiles comme le collège Jean Moulin, qui fait l'objet d'un paragraphe spécifique dans le rapport (3).
Un retour à la carte scolaire pure et dure réglerait-il ce problème nouveau de vases communicants ? Serait-ce un retour à la situation antérieure, marquée par le détournement ségrégatif pratiqué par des familles favorisées ? Le Conseil général des Bouches-du-Rhône compétent depuis les lois de 2003 en matière de sectorisation et qui associe les syndicats, estime, par la voix de Patrick Amato, chargé de mission auprès de Janine Ecochard, déléguée à l'Education que " l'absence de mixité sociale dans les établissements est le reflet du manque de mixité urbaine".
Quelle alternative ? Sachant que selon les secrétaires académiques du Snes et du Se-Unsa, "certains établissements sont désormais menacés, en danger parce qu'en sous effectif". L'Académie Aix-Marseille abrite le premier établissement Ambition Réussite fermé, le collège Giéra sur Avignon depuis cette année. Il était de type Pailleron, délabré, et avait perdu 50% de sa population depuis 2007. Fort de cet exemple, Alain Dufaut, sénateur UMP du Vaucluse, a déposé une proposition de loi en septembre pour revenir sur le principe d'assouplissement de la carte scolaire, arguant "qu'il n'était pas en opposition avec la majorité présidentielle, plusieurs de mes collègues me suivent" (4)
Interviews de Michelle Potoudis et de Sadry Guita secrétaire académique du Snes et du Se-Unsa
(3) http://blogs.laprovence.com/comptes/pwallez/index.php/post/06/11/2009/La-Cour-des-comptes-releve-des-faits-lourds-dans-lAcademie-Aix-Marseille
(4) http://blogs.laprovence.com/comptes/pwallez/index.php/post/09/10/2009/Avignon%3A-Le-Collectif-pour-la-Reconstruction-du-college-Giera-brandit-la-circulaire-n2009074
(5) http://blogs.laprovence.com/comptes/pwallez/index.php/post/11/07/2007/Carte-scolaire-Bouches-du-Rhone-:-10-des-eleves-rentreront-dans-la-6e-de-leur-choix
2. Interviews
- Le constat dressé par le rapport vous semble-t-il coller à la réalité marseillaise où se trouvent concentrés la mjorité des RAR de l'Académie ?
Michelle Potoudis (Snes) - C'est un fait établi, les collèges Ambition Réussite de Marseille ont perdu des effectifs depuis 2007. L'assouplissement de la carte scolaire n'est pas le seul facteur d'explication. La population marseillaise quitte ces quartiers et Marseille parce qu'il n'y a plus d'emploi.Marseille est une ville tout en longueur avec un clivage Nord-Sud, un enclavement des quartiers Nord et une concentration des établissements Ambition réussite dans la partie septentrionale. Un constat d'ailleurs relatif puisque l'on trouve des collèges de ce type jusque dans le 3e et le vieux port et ce avec des nuances localisées, il peut y avoir des différences de composition socio professionnelle entre la Belle de Mai et le 15e par exemple. Pour en revenir au problème qui nous occupe, à examiner les détails on s'aperçoit que les familles gardent un périmètre géographique déterminé quand elles choisissent un autre établissement pour leur enfant et font une demande de dérogation. Le collège reste un sevice de proximité. A catégorie socio professionnelle identique de son public, les établissements vont avoir une évolution différenciée. Ainsi dans les quartiers Nord, le collège Elsa Triolet est très prisé parce que c'est un petit établissement qui sécurise. Le rapport de l'inspection générale en 2007 avait bien décrit deux stratégies: les familles bourgeoises qui connaissent bien le système et faisaient déjà des demandes de dérogation avant l'assouplissement cherchent l'établissement qui va offrir le plus d'options et permettre à leur enfant de faire une classé prépa. Une autre frange de la population ne demandait pas au départ des dérogations et qui avec les mesures de l'assouplissement sont en quête désormais d'un établissement où il y a davantage de sécurité, "avec un vie scolaire qui va les tenir" entend- on parfois du côté de ces parents attentifs au cadre éducatif. Dans certains établissements, en revanche, comme Jean-Moulin cité par le rapport ou Vallon des Pins se concentrent des familles qui sont destructurées et qui ne sont plus attentives du tout aux questions d'éducation y compris sur le volet sécurité tant elles ont débordées par d'autres problèmes.
Sadry Guita (SE-Unsa) - Les chiffres donnés par l'IA lors du dernier Comité technique paritaire départemental sont clairs, il y a un net transfert de population scolaire. Au Se, nous n'hésitons pas à le dire, certains établissements Ambition réussite sont désormais menacés, en danger, parce que en sous effectifs. Les déséquilibres qui existaient avant les mesures d'assouplissement de la carte scolaire se sont accentués, les pauvres gens qui pensaient que la ségrégation sociale n'existerait plus au niveau de l'école perdent leur sillusions.
- Quelle est la position de votre organisation sur la carte scolaire en sachant que le Conseil général, compétent depuis 2003 en termes de sectorisation vous associéeà la réflexion ?
MP (Snes) La carte scolaire doit être repensée dans le sens d'une mixité sociale tout en reconnaissant et en déplorant qu'à Marseille, il n'y ait pas de véritable mixité urbaine. Mais il faut revoir certains points de cette sectorisation pour reconstruire un équilibre. Pour le ministère, un seul indicateur compte: celui du taux de satisfaction des demandes de dérogation, et en rien celui de la mixité sociale. La circulaire de rentrée consacre deux lignes à cette égalité des chances, en affirmant que c'est l'assouplissement de la carte qui va régler le problème. Le ministère explique que dès que l'établissement scolaire devient un ghetto, il faut fermer comme cela s'est passé à Avignon avec le collège Giéra, qui était pourtant le dernier service public d'un quartier très défavorisé (voir articles de provenceducation et position du Snes Vaucluse en 3). L'idée d'égalité des chances développée par le gouvernement est de sortir les meilleurs élèves des classes populaires pour les mettre dans des filières d'excellence et abandonner les autres. Il peut y avoir le tentation de regrouper certains collèges en un seul, en particulier dans des cas de proximité à Marseille (Ndlr exemples de Scotto-Rolland ou Renoir-Rostand), mais le Conseil général 13 n'est pas favorable à cette solution et notre position est claire depuis des années, aucun collège dans ces quartiers difficiles doit excéder 600 élèves et pour viser à un meilleur encadrement
Sadry Guita - Notre organisation est hostile à cet assouplissement et notre direction nationale a interpellé le ministre sur le sujet. Au niveau des Bouchs-du-Rhône, le conseil général nous invite à réfléchir sur la sectorisation, sur le découpage. Son président et sa vice-présidente sont sensibles aubesoin de mixité sociale, ils ont demandé que l'IA qui est compétente en termes de dérogation et d'affectation bloque un certain nombre de demandes. Un autre problème est que les chefs d'établissements jouent la concurrence pour avoir les meilleurs élèves possibles, j'ai l'impression que le nouvel Inspecteur d'académie va taper du poing sur la table sur ces pratiques. Cette concurrence se pratique à tous les niveaux, y compris sur des villes comme Aix où tout le monde devrait être conetnt d'être scolarisé dans une ville a priori épargnée par les aléas sociaux. Sur Aubagne, le problème est identique. J'ai demandé lors du CTPD qu'il n'y ait pas que quelques établissements au sein d 'un bassin qui regroupent toutes les options, il faut que tous aient une palette la plus large possible et donc un attractivité.
3. Les dérogations à l'entrée en 6e
Bouches-du-Rhône - 2006 - 2007 - 2008 - 2009
Demandes 1791 - 1820 - 2921 - 2989
Accordées - 1215 - 1279 - 1795 - 1858
Taux de demande- 9,3% - 9,4% - 15,8% - 15,6%
Taux de satisfaction - 67,8% - 70,3% - 61,5% - 62,2%
Vaucluse - 2006-2007-2008-2009
Demandes 240 - 482 - 769 - 494
Accordées 168- 365 - 580 - 294
Taux de demande 3,5% - 8,2% - 13,5% - ,6%
Taux de satisfaction - 70% - 75,7% - 75,4% - 59,5%
Alpes de Haute Provence - 2006-2007-2008-2009
Hautes Alpes - 2006- - 2007 - 2008- 2009 |