Mixité sociale PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par wallez   

Tensions et recherche au lycée Mistral d'Avignon

La coexistence depuis cette rentrée de deux populations scolaires différentes, l'une venant du quartier sensible de Monclar (12 000 habitants, 90% d'origine maghrébine et moins de 10% de gens du voyage),  l'autre du centre-ville se traduit par une augmentation des faits de discipline au collège Mistral d'Avignon. Un conseil a examiné hier soir mardi 6 octobre le cas d'un élève qui avait craché sur un enseignant, le jeune certes originaire du quartier et du collège Ambition Réussite Giéra aujourd'hui fermé, est présenté comme ayant été déjà un multirécidiviste avant de venir dans l'établissement. Le Snes relève qu'il y a eu 21 exclusions temporaires prononcées en deux semaines, un taux supérieur à ce qui était en vigueur l'an passé à Giéra et a fortiori Mistral. Pour le syndicat d'enseignants, ce climat de tension  n'est pas l'effet d'un choc culturel entre les deux composantes de ce chantier de mixité sociale (1), assez rare en France, mais plutôt  l'incidence d'un sur effectif rapporté à des moyens matériels jugés insuffisants. Aujourd'hui, mercredi 7,  les enseignants vont se réunir pour tenter d'harmoniser les barêmes de sanction et les pratiques disciplinaires. Dans l'attente des résutats d évaluations de 6e (prévus pour jeudi 15) qui permettront de mesurer après analyse l'écart scolaire des deux groupes, le chantier se poursuit, jugé "catastrophique'" par le sénateur Alain Dufaut (UMP). Le proviseur Marc Jailin, sans sous estimer les difficultés actuelles, en particulier l'absentéisme, demande du temps. Et fixe un objectif à l'horizon 2012: une augmentation de 4 à 5 %  du taux de passage en seconde de la population originaire de Monclar.

 (1) http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1219:college&catid=56:les-articles&Itemid=70

 

Marc Jailin, proviseur
Avez-vous les résultats des évaluations de 6e ?
- Pas encore, parce que nous les avons fait passer un peu tardivement. L'inspection académique avait choisi notre établissement pour les faire passer plus tard que les autres. Jeudi 15 se déroulera une réunion avec les parents au cours de laquelle nous communiquerons ces résultats. Des collègues sont encore en train de les corriger.
Pour l'instant donc, aucun moyen objectif de mesurer l'éventuel écart entre la population scolaire d'origine Mistral et l'autre venant du secteur Giéra ?
- Non et nous le la verrons pas immédiatement. A la limite, s'il y a une personne qui peut la voir, c'est moi, mais il faudra plus de temps et d'études. Mais officiellement on ne le verra plus, puisque les élèves qui ont subi les évaluations ne sont pas issus de Giéra ou de Mistral. Il faudra donc regarder les adresses et ce sera plus compliqué. Et il puis il faut évoluer
- Evoluer, c'est-à-dire ?
- Le collège ex-Giéra n'existe plus, le collège ex-Mistral non plus, nous sommes dans un collège Mistral 2 . Je ferai bien évidemment toutes ces études, mais je ne les réaliserai  pas dans l'urgence. Nous avons actuellement d'autres dossiers à traiter jusqu'aux vacances de la Toussaint. Après, je les ferai. Mais ce sera un peu compliqué, il va falloir travailler adresse par adresse même si on peut avoir un résultat à la louche en travaillant sur les écoles d'origine, mais ce serait imprécis. Il reste que  les résultats des évaluations seront pour nous un indicateur important.
- Globalement rencontrez-vous des problèmes de discipline ?
- Il a été écrit que nous avions eu déjà à tenir 5 conseils de discipline. C'est faux. Ce soir (Ndlr mardi), je tiens le premier. Il s'agit certes d'un ancien élève de Giéra mais multirécidiviste dans les quatre établissements qu'il a connus. Un hyper phénomène, c'est un gosse qu'il aurait peut-être fallu gérer il y a dix ans. Il a craché sur une enseignante, je ne préjuge pas de ce que dira le conseil de discipline, mais les personnels sont des intouchables, c'est une règle.
Nous bâtissons un nouveau collège, et nous découvrons les problèmes les uns après les autres. Les élèves dans leur grande majorité semblent contents d'être ici, nous n'avons pas de problèmes majeurs de vie scolaire. Ils sont plus nombreux que ce nous avions rencontrions précédemment à Mistral, mais tout simplement parce que nous sommes devenus un gros collège. 580 élèves, c'est forcément moins calmes que 360. Ce que nous constatons, c'est une grande hétérogénéité. Mercredi 7, nous aurons une réunion avec les profs, un certain nombre de stages sont programmés pour les enseignants. Nous essayons de trouver tous les moyens pour gérer cette hétérogénéité.
-
Au cours de la réunion du mercredi 7, vous allez tenter d'harmoniser les comportements de l'équipe pédagogique face aux situations de discipline, établir en quelque sorte établir un barème de sanctions ?
- Nous allons harmoniser nos pratiques. Les collègues de Giéra nous apportent des choses, mais ce n'est plus Giéra, même chose pour Mistral, l'hétérogénéité existe dans d'autres établissements de l'Académie, mais elle est ici énorme.
M Dufaut parle d'un taux élevé d'absentéisme ?
- Il est moins élevé que celui que nous attendions, mais il reste très important pour ce que nous connaissions à Mistral.
Un nombre plus important d'exclusions temporaires ?
- Plus que ce que nous avions l'habitude d'ordonner. Si vous comparez Mistral 2008 et ce nouvel établissement, bien entendu qu'il y a un écart, mais ce n'est pas la même population. Mais il faut comparer ce qui est comparable avec 220 élèves de plus. Nous travaillons tous fort.
Le problème des modules de soutien qui ne peuvent se tenir faute de classes...
On pose le doigt sur un problème de place alors qu'il est d'abord budgétaire. Nous avons moins d'heures d'accompagnement éducatif que nous en avions à Giéra. Téléphonez à l'IA, il vous dira que c'est le cas partout. Les heures que je demande, je les ai.
Les travaux annoncés par les collectivités territoriales, Conseil général 84 et conseil régional lors de la visite de rentrée effectuée par le recteur de Gaudemar
Les études avancent
Une conclusion ?
La philosophie générale est qu'une opération de ce type ne peut pas être simple et ce n'est pas simple. Nous y travaillons et nous faisons tout pour que cela marche. Ce que je ne voudrais pas c'est que des rumeurs alarmistes ou prématurément enthousiastes - certains disent déjà que c'est un succès - troublent notre travail. Ce n'est ni un succès ni une catastrophe, c'est une situation nouvelle. On nous jugera dans un ou deux ans. Si nous gagnons 4 ou 5% de plus d'orientation en seconde générale pour les jeunes qui viennent de Giéra, nous serons satisfaits. Après, on rentre dans la politique politicienne, certains en font. Et le travail doit se faire également sur le Quartier Monclar, il ne faut pas l'oublier.

Alain Dufaut, sénateur UMP

Un résumé de la situation actuelle..
- Elle remonte à la décision de reconstruction du collège Giéra comme tous les établissements type Pailleron du département. Le collège a bénéficié d'un permis de construire en avril 2005, la reconstruction avait été décidée à l'unanimité du Conseil général. Et puis les conditions se sont dégradées pour des raisons essentiellement politiques. En 2008, j'étais en position de renouvelable sur mon canton, les crédits sont partis sur des cantons de gauche, de la majorité du Conseil général. Pendant trois ans, il y a eu incertitude pour les parents et enseignants quant au devenir du collège. Ils ont fait faire une étude par un inspecteur d'académie parti à la retraite et qui était de gauche puisqu'il s'est présenté sur une liste de gauche. Il a conclu à la démolition du collège alors qu'il y avait 388 élèves à la dernière rentrée. Son discours était qu'il y avait 9 collèges sur Avignon, c'était trop avec la baisse de la démographie scolaire et que l'effectif de Giéra correspondait globalement à ce qu'il fallait retrancher
Mais le fond du problème reste pour vous l'incidence de l'assouplissement de la carte scolaire sur ces établissements Ambition réussite. Ce thème a fait l'objet d'une proposition de loi que vous avez déposée au Sénat (1)

http://www.senat.fr/leg/ppl08-606.html

 


- Je suis hostile à la perspective que les collèges Ambition réussite quittent les quartiers défavorisés, je considère qu'il s'agirait d'un recul. L'Education nationale doit rester présente dans les endroits où elle est nécessaire et pas seulement en termes éducatifs mais également avec le volet social
Vous êtes donc pour le renforcement des moyens accordés à ces établissements ?
- Renforcement...des efforts considérables ont été consentis, ce sont des classes à 20 élèves quand même, avec des assistants d'éducation de qualité, un dispositif Ecole ouverte qui était fabuleux à Giéra et ce volet social n'existe plus.
Le collège Mistral va récupérer les heures d'accompagnement éducatif
- Cela ne tiendra pas. J'ai voté tous les rapports, je les connais par coeur et tout a été fait sur une période de trois ans pour accompagner les élèves qui subissent le déplacement. Après, il n'y a plus aucune certitude, plus aucun financement.
Que vont devenir les élèves scolarisables du Quartier selon vous ?
Il se trouve que j'ai dans mon canton les trois établissements concernés (Mistral, Vernet, Giéra), j'étais dans les trois conseils d'administration, je viens de participer à celui de Mistral, le bilan est catastrophique
Un mois après seulement ?
J'ai vu des enseignants dans une grande détresse, qu'ils soient de gauche ou de droite, il ne s'agit pas d'un problème politique. Les enseignants de gauche sont avec moi...pour une fois (rires). Le problème majeur est la grande hétérogénéité des classes avec deux niveaux totalement différents. Et pour des enseignants, c'est terrible, il ne savent plus comment et à qui s'adresser. J'ai rencontré des enseignants qui viennent de Giéra et qui disent tous que c'était plus facile car les classes étaient homogènes.
Il semble que des problèmes de discipline apparaissent..
A la limite, c'est mineur. Mais effectivement il y a des intrusions qui n'existaient pas avant, des gens rentrent pour faire leur petit commerce. Il y a 24 divisions au lieu de 20 prévues initialement et la réalité est que ce sont entre 55 à 60% des élèves du collège qui viennent du Quartier Monclar. Ce n'est plus de la mixité, cela va générer une fuite vers le privé, certains parents sont affolés. Finalement, on aura déplacé le ghetto du quartier au centre ville avec beaucoup moins de moyens et le volet social qui n'existe plus.
A Vernet selon vos informations...
- Le CA na pas encore été tenu, mais j'ai des relations privilégiées avec le principal, je sais que c'est le même problème y compris des insuffisances au niveau du self et du réfectoire
Un collectif demande deux menus..
- Je connais bien les gens qui le composent. Cela n'a jamais existé le menu hallal. Simplement comme dans tous les établissements de l'académie quand il y a du porc une deuxième menu est prévu.
Les solutions que vous proposez pour, selon vos termes, garder les collèges Ambition réussite sur le site initial
- Giéra a été le premier fermé mais d'autres suivront. Je suis élu au Conseil général depuis 1982 et j'ai été premier adjoint au maire de la ville d'Avignon et adjoint aux sports. A Giéra, nous avions implanté cinq classes sport-études de haut niveau, les moniteurs étaient au  top et nous avions 80 à 100 élèves qui venaient de l'extérieur, y compris du département. C'est un exemple de ce que l'on peut faire pour donner de l'attractivité à ces établissements. Cela contribuait à donner une image très positive de Giéra.
Est-ce que le danger désaffection est réel sur les Ambitions Réussite
- Nous avons épluché les 254 cas. Il est effectif que les effectifs baissent depuis l'assouplissement de la carte scolaire. Ceux qui partent sont les meilleurs. C'est dramatique. La carte scolaire était le prétexte à toutes les hypocrisies, il y avait 80% de dérogations dans certains endroits et c'étaient ceux qui avaient le moyens qui pouvaient bénéficier de ces largesses. Par contre, cet assouplissement a clairement des effets pervers dans les quartiers Ambition réussite, il faut les corriger, si nous n'y parvenons pas, nous ne faisons pas notre travail. Je suis gaulliste de cœur, tout ce qui est laïcité, justice sociale, je suis un fervent défenseur. Je ne peux supporter que l'on enlève des service publics aussi essentiels de ces quartiers, Monclar représente 12 000 habitants avec 90% d'origine maghrébine et moins de 10% des gens du voyage situés au sud dans cinq camps de promotion familiale plus un petit lotissement au coeur de Monclar d'une quarantaine de villas. De nombreux sénateurs ayant des quartiers de ce type sur leur territoire soutiennent ma proposition de loi. Un élément est essentiel, c'est le besoin absolue de proximité pour des collèges sensibles; A Giéra, existait un absentéisme terrible, là au centre-ville avec des ruptures de charge, des bus qui font le déplacement et le fait que les jeunes doivent rester entre midi et deux, le taux va être encore plus élevé. Non, je le red i, unze grabnde majorité d'enseignants et de parents paratget mon analyse. Vous avez interrogé la FCPE et son président M.Blanc, il se rend compte qu'il a fait une bétise
Il ne semble pas décidé à changer d'opinion...
Il y viendra


Didier Blanc président 84 de la fédération FCPE (1500 familles revendiquées dans le 84)
Ce chantier de mixité sociale au bout d'un mois...

- Soyons clairs, il est bien trop tôt pour dresser le moindre bilan. Je crois que tout le monde se découvre, les différents enseignants soit ex Giéra, soit ex Mistral soit venus de l'extérieur découvrent leurs classes qui par définition sont hétérogènes et ...riches de ces différences. Ils doivent trouver les artifices pédagogiques pour faire fonctionner le groupe classe, c'est évident
Les enseignants notent qu'il n'y a pas de ventre mou entre les bons élèves et les autres, les privant de repères pédagogiques
- Comme on connaissait la situation de départ, il ne faut pas s'étonner. Mais si je prends un autre collège Jean Brunet, qui au dernier DNB, a enregistré 62% de réussite soit nettement en dessous de la moyenne académique (plus de 80%). L'établissement  en même temps bénficie d'une grande proportion de mentions dans la réussite au brevet. Donc une tête de classe forte et une fin beaucoup moins performante, un gros écart et une absence de ventre mou, on le voit,  la situation n'est pas spécifique à Mistral. C'est à l'établissement de trouver des stratégies pour faire fonctionner, ce n'est pas facile nous en sommes conscients, nous sommes à leurs côtés. Il faut travailler par ailleurs à la cohésion amicale des élèves, l'équipe pédagogique y réfléchit, les fédérations de parents d'élèves font des propositions en ce sens pour trouver des actions afin que la mayonnaise prenne. Il n'y a pas de problèmes majeurs, je m'inscris en faux de la peinture catastrophiste que le sénateur Dufaut fait, il n' y a pas eu cinq conseils de discipline. Ce n'est pas un volcan.
Manque de salles pour le soutien...
Je ne sais pas. A notre niveau, nous n'avonspas ce type d'informations. Ce que nous savons en revanche, c'est qu'Il y a davantage d'élèves que prévu. Entendons-nous bien, ce ne sont pas des élèves mal comptabilisés en provenance de Giéra, mais ce sont des élèves du secteur qui ont souhaité être scolarisés à Mistral soit parce qu'ils viennent du privé, soit qu'ils ont déménagé. Une division supplémentaire a été ouverte et du coup en terme de locaux c'est extrêmement serré. Il va falloir trouver des solutions pour l'an prochain, en termes de secteur, il faudra sans doute modifier un peu les choses pour améliorer la situation. Mais je le redis, pas de bilan sérieux à tirer actuellement. Pour nous, c'était la seule alternative.  Rester sur Giéra aurait été aller dans le mur.

Philippe Brenier, Snes

"L'équipe pédagogique se réunit mercredi 7 pour mettre en place des modalités, un protocole de fonctionnement. Nous nous sommes rendus compte que les collègues originaires de Mistral pouvaient régler les problèmesde vie scolaire seuls, au cas par cas, parce qu'ils n'étaient  pas très importants. Mais ce n'est plus possible dans la nouvelle configuration. On va faire un travail d'harmonisation des sanctions, des pratiques, ce que l'on faisait à Paul-Giéra dont je suis originaire. Exemple: vous voulez mettre une heure de colle à un élève, comment vous la mettez, dans quelles conditions etc...Ou un élève a besoin d'aller à l'infirmerie, à Mistral il avait un mot et il y allait, maintenant il faut déterminer comment on va le faire, s'il faut l'accompagner etc..
Nous sommes sur la même longuer d'ondes avec la FCPE sur un point: il faut réussir cette année tant bien que mal. Mais nous devons anticiper d'ores et déjà l'année prochaine  les effectifs. Il y a eu un seul conseil de discipline pour un élève déjà âgé de 16 ans, multirécidiviste et non pas 5 comme l'a prétendu le sénateur Dufaut, qui a du confondre avec le nombre de familles qui ont désinscrit leur enfant. Mais il commence à se produire des faits pas anodins. On sent certains élèves très proches du conseil de discipline. Au niveau des exclusions temporaires, la semaine dernière nous en avons enregistré  12 allant de 1 à 4 jours d'exclusion. Cette semaine (Ndr l'interview a été réalisée le vendredi 2) , 9 ont été prononcés. A Giéra, nous enregistrions des taux moins élevés. Nous avons demandé audience à M.le recteur pour préparer l'an prochain. "

Pour plus d'informations sur la position du Snes

 http://www.aix.snes.edu/spip.php?article816

 
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