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Écrit par wallez   

 

Le président Sarkozy fait des  "décrocheurs" une "priorité absolue"

 

Une « priorité absolue » sera accordée aux jeunes en rupture avec le système éducatif. C'est ce qu'a annoncé Nicolas Sarkozy en présentant mardi 29 septembre à la Cité des papes d'Avignon, une nouvelle série de mesures en faveur des jeunes de 16 à 25 ans. 120 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme. Ils sont estimés entre 4000 et 5000 dans l'Académie Aix-Marseille. Le recteur  de Gaudemar a, dans son projet académique, inscrit dès 2007 cette priorité, travaillant à partir des Observatoires du décrochage dans les établissements ou les médiateurs de réussite éducative depuis cette année. Des projets sont en cours, retenus par le Fonds d'expérimentation en juillet dernier, l'un associant le Rectorat et divers partenaires pour repérer ces jeunes à partir d'un fichier informatique commun et un autre par l'université Paul-Cézanne car il existe également des jeunes qui quittent l'enseignement supérieur avec seulement le bac en poche. Portrait d'un "décrocheur" pas encore repenti, présentation des mesures du Plan Agir pour la Jeunesse et descriptif des dispositifs mis en place dans l'Académie dont certains ont été critiqués par les syndicats

 

 

Contenu

1. Synthèse

2. Portrait

3. Texte officiel du Plan Agir pour la Jeunesse portant sur les décrocheurs

4. Les dispositifs dans l'Académie

5. Les autres mesures du Plan Sarkozy

6. Réactions et revue de presse (avec VousNousIls)

 

1. La synthèse

Promettant de « mener une guerre sans merci contre le décrochage scolaire », le président de la République a présenté son Plan Agir pour la Jeunesse dont une grande partie est inspirée par les travaux  réalisés par le Haut Commissariat à la Jeunesse Marin Hirsch .

En déplacement à Avignon, où il a visité un IUT et une école hôtelière, le chef de l'Etat a plaidé pour que l'orientation se fasse de manière progressive, pendant toute la scolarisation en lycée. Regrettant l'existence d'une « sélection par l'échec », il a par ailleurs confirmé que la réforme des lycées serait présentée le mois prochain. Il a aussi proposé que les entreprises puissent financer les études d'un jeune dans le cadre d'un pré-recrutement. Il s'est également prononcé pour la création d'un service public de l'orientation et l'expérimentation d'un « mécanisme dans lequel le jeune, en contrepartie d'un soutien de l'Etat, sera tenu d'accepter toute proposition d'emploi ou de formation. »

Nicolas Sarkozy a aussi annoncé l'allongement à dix mois de la durée effective de l'année universitaire, qui entraînera le versement d'un dixième mois de bourses pour les étudiants concernés. Enfin, parmi les autres mesures prévues, le Civis (Contrat d'insertion dans la vie sociale) sera revalorisé, l'aide versée aux jeunes pour bénéficier d'une complémentaire santé passera de 100 à 200 € et le RSA sera étendu aux jeunes de moins de 25 ans ayant travaillé deux ans.

2. Portrait de Stéphane, 25 ans, "décrocheur"

En guise de bravade et sans doute aussi pour se rassurer, Stéphane (1) a toujours dit que "à 25 ans il arrête les conneries". Il les aura en janvier prochain et il n'est plus très sûr de pouvoir maîtriser son destin comme il le croyait. Son passé fait irruption et pas seulement le fait d'avoir quitté l'école à 15 ans. Il est de cette catégorie que les tribunaux nomment les "border line". Pas du gros gibier de potence, simplement des jeunes fragiles qui déroulent leur vie sur le fil du rasoir sans que personne et surtout pas eux sache si l'acrobatie n'entrainera pas la chute. Stéphane est né dans une famile honorable, "qui vivait dans une résidence avec un portail à code" dit-il un peu fier de ce signe pris comme de réussite sociale alors qu'il est fréquent sur la Côte.

Son père, immigré, est boulanger salarié, sa mère travaille  comme tata dans une école. Stéphane n'a jamais aimé l'école, c'est son système de défense. Il ne croit pas qu'elle soit un tremplin pour l'emploi, surtout pas vers les bons salaires. Dès la 5e, atteinte avec deux ans de retard, il a multiplié les absences non justifiées et à 15 ans n'est jamais revenu. Son père l'a mis à la porte, il a vécu dans un squat pendant quelques mois, a appris la drogue, le mensonge, la violence. Il a réintégré sa famille et il y a cinq ans est parti vivre avec sa copine dans la région marseillaise. Il a trouvé du travail, il a toujours su, l'ouvrage ne l'effraie pas et il est débrouillard. Pour arrondir les fins de mois, il faisait un peu de deal. Dénoncé par ses  pourvoyeurs qui l'avaient  présenté comme le cerveau de la bande, il a fait  de la garde à vue et est ressorti avec l'obligation de "contrôle judiciaire". Son avocate parle de "négocier le bracelet si la peine n'atteint pas un an".

L'épisode l'a ébranlé. Pendant deux ans, Stéphane a emprunté le droit chemin. Il a trouvé un travail comme échafaudeur dans une socité d'intérim travaillant pour la pétrochimie. La besogne était dure, pas très bien payée,  il cotôyait des "ex taulards et des clandos". Mais il a multiplié les heures supplémentaires et a même obtenu une certification à l'issue d'un petit examen avec du français et des maths. "Je suis diplômé" fanfaronnait Stéphane. Dans l'euphorie d'un cycle positif,  il envisageait d'aller plus loin, de suivre d'autres formations. Mais après deux ans, son couple battait de l'aile, un épisode de blessure a rendu plus difficile de monter à 20 ou 30 mètres et puis Stépâhne voulait vivre "sa vie au max" comme le claironne son T Shirt floqué avec cette maxime. La vie au max, c'est synonyme de "grosse monnaie" et le métier d'échaufaudeur ne garantissait pas ce train de vie.

Il a quitté la copine, a acheté un camion de pizzaoïle, a repris les conneries et attend le procès pour changer vraiment de vie. "Mais je ne suis pas certain que l'école et les diplômes m'auraient apporté ce que je veux". Les réformateus de tout poil auraient tort de  croire que tous les décrocheurs sont des repentis

(1) le prénom a été modifié

 

 3. Les mesures sur les décrocheurs

Combattre résolument le décrochage scolaire des 16-18 ans. (Source: dossier de presse)
- Un droit à préparer sa vie active sera instauré entre 16 et 18 ans, qu'il prenne la forme d'une
formation, dans la sphère éducative ou en alternance, ou d'un emploi. Cette prolongation,
sous une forme différente, de l'obligation scolaire permettra de ne laisser aucun jeune
mineur sans accompagnement et soutiens s'il décroche de l'école à 16 ans. Elle sera
consacrée par la loi.
- Un suivi systématique des décrocheurs sera organisé. Des plates-formes régionales
d'orientation, qui seront généralisées à la rentrée 2010, garantiront le repérage et le suivi de
tous les décrocheurs scolaires. Le jeune ainsi repéré se verra offrir immédiatement une
solution organisée par cette plate-forme (place en école de la deuxième chance,
apprentissage, formation...). 30 M€ seront dégagés en 2010 à cet effet.
- Les missions locales seront le pivot de l'accompagnement des jeunes. Leurs moyens seront
renforcés à hauteur de leurs résultats dans la prise en charge de ces publics. 40 M€ seront
dégagés à cet effet en 2010.
- Une expérimentation sera conduite pour aider les jeunes décrocheurs qui feront l'effort de
suivre un parcours de réinsertion. Gérée par le référent du jeune, elle permettra de financer
des dépenses indispensables à son insertion (frais de formation, permis de conduire,
logement rendu nécessaire par le lieu de la formation, etc).

4. Les dispositifs mis en place dans l'Académie Aix-Marseille

 

 

http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1187:les-grands-axes-de-la-rentree-314&catid=56:les-articles&Itemid=70


http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1271:echec-scolaire&catid=56:les-articles&Itemid=70


http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=article&id=713:plan-hirsch-universite-paul-cezanne&catid=56:les-articles&Itemid=70


http://www.provenceducation.com/index.php?option=com_content&view=article&id=709:fonds-dexperimentation-pour-la-jeunesse&catid=56:les-articles&Itemid=70

 


5. Les autres mesures du Plan

1. Réussir enfin l'orientation au sein du système de formation.
- Un véritable service public de l'orientation sera mis en place. L'information des jeunes sur
les filières de formation et leurs débouchés professionnels sera généralisée. Les opérateurs
nationaux de l'orientation seront rapprochés et dotés d'un portail internet et d'une plateforme
téléphonique commune pour la rentrée 2010.
- L'orientation sera placée au coeur de l'éducation nationale. Elle sera intégrée dans les
projets des établissements. Au cours de la scolarité, des étapes permettront aux jeunes de
bénéficier d'actions de découverte des métiers, d'information sur les filières de formation, de
conseil sur les choix possibles. Un droit à la réorientation sera expérimenté, pour permettre à
certains élèves de rompre avec l'enfermement dans des parcours d'échec, tant dans le
secondaire que dans le supérieur.
- Un livret de compétences élargi au-delà de l'éducation nationale sera expérimenté, afin de
valoriser les compétences et potentialités des jeunes sans les limiter aux seuls résultats
académiques (aptitudes acquises par l'engagement dans des activités associatives,
sportives et culturelles...). L'outil sera mis en place début 2010 dans une première série
d'établissements et académies volontaires, qui travailleront en partenariat avec tous les
acteurs concernés (y compris les mouvements d'éducation populaire).
2. Combattre résolument le décrochage scolaire des 16-18 ans. (voir plus haut)
 3. Poursuivre les efforts pour l'accès des jeunes à l'emploi.
- La formation en alternance sera renforcée. Le statut des apprentis sera amélioré, pour qu'ils
bénéficient d'avantages inspirés de ceux accordés aux étudiants (réductions sur les loisirs et
transports, accès aux restaurants universitaires...). Une campagne de communication sera
lancée pour valoriser l'apprentissage auprès des jeunes et de leurs familles. La fonction
publique s'ouvrira davantage à l'alternance, notamment en levant les obstacles au
développement de l'apprentissage et en élargissant le dispositif PACTE. L'apprentissage en
fin de cursus universitaire sera accru, sur la base d'expérimentations avec des universités
pilotes.
- Les pré-recrutements seront autorisés. Les partenaires sociaux seront prochainement saisis
en vue de proposer un cadre juridique permettant aux entreprises qui le souhaitent de
proposer à des jeunes de financer leurs études contre un engagement à travailler ensuite
dans l'entreprise concernée pendant une durée limitée.
- Le contrat d'insertion dans la vie sociale sera renforcé, pour mieux accompagner les jeunes
les plus en difficulté. Le montant de l'allocation du CIVIS sera significativement augmenté, et
l'accompagnement des jeunes sera renforcé tout comme les devoirs auxquels ils sont
astreints. 80 M€ seront dégagés en 2010 pour mettre en oeuvre ces orientations.
- Les stages hors cursus seront interdits. Le statut des stagiaires a déjà fait l'objet
d'améliorations ces derniers mois. Les entreprises ont été incitées financièrement à recruter
leurs stagiaires sous CDI. Mais il est nécessaire d'aller plus loin, pour limiter les abus de
stage. Un stage est fait pour associer la pratique à l'étude, pas pour se substituer à l'emploi
salarié. Il doit être pleinement intégré à un cursus de formation.
4. Aider les jeunes à s'assumer financièrement.
- Etendre le RSA aux jeunes qui travaillent. A l'heure actuelle, le RSA n'est pas ouvert aux
jeunes de moins de 25 ans. Cette situation est injuste pour ceux ayant commencé à travailler
tôt qui se trouvent privés du RSA alors qu'ils sont placés dans la même situation que des
salariés de plus de 25 ans. Pour cette raison, les jeunes de moins de 25 ans qui sont
réellement insérés dans la vie active (qui remplissent la condition d'avoir travaillé plus de
deux ans sur une période de trois ans) auront droit au RSA dans les mêmes conditions que
les plus de 25 ans. Une enveloppe de 250 M€ sera dégagée en 2010 pour mettre en oeuvre
ces orientations.
- Expérimenter de nouvelles formes d'aides pour les jeunes. En 2010 et 2011, Martin Hirsch
disposera d'une enveloppe de 50 M€ à cet effet. Trois outils seront testés :
o Pour les 16-18 ans décrocheurs, un accompagnement intensif, avec des aides
personnalisées pour ceux qui feront l'effort de suivre un parcours de réinsertion
(cf. 2).
o Pour les 18-25 ans, peu qualifiés ou au chômage depuis une longue durée, un
accompagnement intensif dans le cadre duquel le jeune qui accepte toute offre
de formation ou d'emploi proposée par son référent bénéficiera d'une garantie
minimale de ressources. .
o Pour les 18-25 ans, un mécanisme de dotation, permettant au jeune qui le
souhaite de bénéficier lui-même d'une partie des aides publiques aujourd'hui
attribuées à ses parents. Dans ce cadre, le jeune aura la possibilité de financer
des dépenses préalablement définies.
- Allonger le calendrier universitaire dans les filières qui le nécessitent. Avec la réforme du
LMD et le plan réussite en licence, la durée de l'année universitaire tend à s'accroitre. Ce
mouvement doit être poursuivi, en permettant l'accès des étudiants aux services utiles
(bibliothèques, salles informatiques...) dès le mois de septembre. Lorsque la durée de
formation le justifiera, un dixième mois de bourse sera accordé. Ce mécanisme sera
conjugué à un contrôle renforcé de l'assiduité.
- Améliorer la couverture santé des jeunes. Dans cette perspective, l'aide à l'acquisition d'une
complémentaire santé pour les jeunes sera doublée, passant de 100 à 200€. 30 M€ seront
dégagés en 2010 à cet effet.
5. Faire émerger une génération engagée.
- Insuffler une nouvelle ambition au service civique. Le régime juridique du service civique
sera simplifié. Il permettra à des jeunes de consacrer du temps à des missions utiles pour la
société. Cette étape de vie sera reconnue et valorisée dans les parcours des jeunes. En
2010, 10 000 jeunes seront concernés par le service civique. A terme, ce temps
d'engagement aura vocation à mobiliser 10 % d'une classe d'âge.
- Lever tous les obstacles à l'engagement des jeunes. La mobilité européenne sera
développée pour les jeunes qui aujourd'hui n'en bénéficient pas. Un statut de pré-majorité
sera instauré pour donner aux adolescents de 16 à 18 ans des droits en matière de création
ou reprise d'associations ou d'entreprises. Enfin, le bénévolat des jeunes sera pleinement
encouragé et ses acquis valorisés.
6. Financement des mesures.
Le coût total de ce programme en faveur des jeunes est, pour les mesures nouvelles, de
460 M€ en 2010.
Les différentes actions seront financées sans nouvelle mesure de recette. Elles seront
réparties entre : le fonds d'investissement social pour les mesures de lutte contre le décrochage
et d'insertion professionnelle (150 millions €), le fonds de financement du RSA pour le RSA des
jeunes travailleurs (250 millions €), le fonds de financement de la couverture maladie universelle
pour l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (30 millions €) et les budgets des
ministères (30 millions €).
Pour 2011 et les années suivantes, de nouvelles sources de financement seront définies,
dans une perspective d'équité intergénérationnelle. Le Gouvernement fera des propositions sur
ce sujet.

6. Réactions et revue de presse  (avec le site NousVousIls)


Si certains journaux de la presse française s'offusquent mercredi du peu de moyens alloués aux mesures pour les jeunes présentées la veille par Nicolas Sarkozy, d'autres l'excusent par le piètre état des finances publiques ou, mieux, y décèlent une "justice sociale".

Dans L'Humanité, Jean-Paul Piérot regrette "la modestie des moyens engagés", surtout au niveau de la formation. "Il semble que le pouvoir actuel soit plus intéressé à livrer au patronat des salariés précaires qu'à former des travailleurs qualifiés et libres", analyse-t-il.

"On est loin du plan Marshall pour l'emploi des jeunes annoncé par le candidat Sarkozy", estime Daniel Ruiz dans La Montagne. L'extension du RSA aux moins de 25 ans est "une goutte d'eau dans le désert de l'échec des dispositifs successifs" et risque fort, selon l'éditorialiste, de se résumer à "un assistanat supplémentaire".

Les mesures présentées par le président "soulageront, mais ne résoudront rien", assure dans L'Alsace Patrick Fluckiger, qui y voit surtout "500 millions d'euros de plus pour creuser le déficit budgétaire".

"On ne fait que patienter par le traitement social du chômage" en attendant la reprise, écrit pour sa part Hervé Chabaud dans L'Union.

Plus indulgent, Alain Joannès explique dans Le Télégramme "la modestie" du plan par "la paralysie budgétaire". Néanmoins, il pourra "devenir porteur d'avenir s'il est justifié par une réforme radicale de la formation", espère-t-il.

Jacques Camus reconnaît dans La République du Centre que "la solution est imparfaite, mais il faut dire que Nicolas Sarkozy n'avait guère de marge de manoeuvre". Et de louer "l'obstination de Martin Hirsch" élevé pour l'occasion au titre de "véritable ministre des Affaires sociales".

L'extension du RSA aux moins de 25 ans "redonne du sens à la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy", avance même Didier Louis dans Le Courrier picard, saluant une "notion d'équité et d'assistance bienvenue. A ne pas confondre avec assistanat", précise-t-il.

"Même s'il ne s'agit là que d'une mesure de justice sociale, on ne peut que saluer cette avancée qui permet - enfin! - de mettre les jeunes à égalité avec leurs aînés", estime aussi Jacques Guyon dans La Charente Libre.

Michel Lepinay, de Paris-Normandie, considère même qu'il y a là "l'esquisse d'un pacte avec une jeunesse qui se sent de plus en plus à l'écart des préoccupations des adultes". Mais avertit: il faudra, auparavant, en finir avec "cette stigmatisation récurrente d'une certaine forme de +péril jeunes+: lois anti-bandes de jeunes ou anti-téléchargement illégal, ou encore anti-cagoules..."

 

 
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