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Écrit par wallez   

Mistral (Avignon) ouvre un formidable chantier de mixité sociale

 

La fermeture du collège Giéra, en raison d'un bâti délabré, d'une situation de ghettoisation et d'une perte de 50% de ses effectifs en 4 ans a conduit à un redéploiement des élèves. Deux collèges les accueilleront cette année: Mistral et  Vernet. Les problèmes de transfert sont considérables. Et le défi de réussir une mixité sociale entre deux populations grandement différentes est immense. Le recteur de Gaudemar avait mercredi 3 septembre,  jour de rentrée, réuni les différents acteurs

 

. Contenu

1. Synthèse

2. Compte rendu des débats

1. Synthèse

La décision de fermer le collège Giéra était en suspens depuis plusieurs années. Elle a été prise au printemps conjointement par le Conseil général 84 et la préfecture. L'établissement était ghettoisé dans un quartier (Monclar) lui-même en proie à de grandes difficultés d'intégration au  tissu urbain. Prévu pour accueillir 700 élèves, Giéra n'en scolarisait plus que la moitié, victime des stratégies des parents pour fuir le collège. Le bâti était délabré et les résultats scolaires figuraient parmi les plus mauvais de l'académie.

L'alternative choisie consiste à déployer les élèves vers deux collèges du centre-ville: 196 sur Mistral (qui comptait auparavant  380 élèves) et  le reste sur Vernet. Hier, les 3e faisaient leur rentrée et les autorités académiques avaient organisé une réunion à Mistral avec les principaux acteurs: collectivités territoriales, enseignants, parents d'élèves.

Le défi est immense. Les élèves ont été mélangés avec une volonté logique d'éviter des classes ex Giéra. Mais si, comme le faisait remarquer le recteur de Gaudemar, il existait déjà une mixité sociale à Mistral, 43,3% des enfants viennent de familles dites favorisées A et B (cf les profils et professions concernés), ils sont 54,3% à Vernet, mais seulement 1,8% à Giéra qui compte 91, 6% de familles défavorisées dont une grande majorité sans emploi.

25,4% des 6e e de Giéra ont  au moins deux ans de retard, 80% des élèves de 3e de Mistral sont orientés en seconde générale (ils sont 30% à Giéra), les résultats sur les évaluations nationales de 6e sont à l'identique, ils sont inférieurs à 50% (pourcentage de bonnes réponses) à Giéra.

Selon le Rectorat, des moyens humains (enseignants, CPE, assistants d'éducation) supplémentaires ont été accordés à Mistral, qui a récupéré en particulier toutes les dotations attribuées à Giéra dans le cadre de son classement Ambition Réussite. Enseignants et parents d'élèves ont soulevé hier des interrogations. Pourquoi le nombre d'élèves venus de Giéra est-il supérieur à celui qui avait été annoncé (180 contre 196) ?  Quand seront effectués les travaux jugés indispensables par le conseil général et le rectorat (en particulier une extension du CDI) ?  Quels contacts surtout entre des jeunes du centre-ville et ceux de Giéra avec une forte proportion d'enfants du voyage et d'éléments issus de l'immigration ? Selon un prof, le premier contact a été bon mercredi, jour de rentrée. Il s'agit là, selon cet enseignant, d'une expérience de mixité sociale sans doute unique en France "qui passionne l'équipe pédagogique".  Mais les réactions a priori sont très divergentes, les plus pessimistes (comme ce représentant de la Peep) se demandant si cela ne ferait pas le bonheur du privé.

Les tableaux - Source Rectorat (2008-2009)

http://cap.ac-aix-marseille.fr/etablissement/corps.php?id=0840581A2

 http://cap.ac-aix-marseille.fr/etablissement/corps.php?id=0840581A3

 http://cap.ac-aix-marseille.fr/etablissement/corps.php?id=0840697B2

http://cap.ac-aix-marseille.fr/etablissement/corps.php?id=0840758T2

(1) Favorisés A et B

 PCS du premier responsable légal de l'élève : - Professions libérales - Cadres de la fonction publique
- Professeurs et assimilés - Professions de l'information, des arts et du spectacle - Cadres administratifs et commerciaux d'entreprise - Ingénieurs - Cadres techniques d'entreprise - Instituteurs et assimilés - Chefs d'entreprise de 10 salariés ou plus PCS du premier responsable légal de l'élève : - Professions intermédiaires de la santé et du travail social - Clergé - Professions intermédiaires administratives de la fonction publique - Professions intermédiaires administratives du commerce ou des entreprises - Techniciens - Contremaîtres - Agents de maîtrise - Retraités cadres et professions intermédiaires.

 

 2. Le compte-rendu des débats

 

 Marc Jailin, proviseur cité Mistral
Nous sommes ici pour présenter l'intégration de 200 élèves d'un lycée Ambition Réussite dans une cité scolaire de centre-ville, car il s'agit d'un projet de cité scolaire avec un lycée, un collège, des volets d'enseignement supérieur. Pour cette raison, j'ai tenu à la présence des professeurs des deux collèges Mistral et Giéra, et des parents d'élèves. Ce matin, nous avons accueilli les élèves de 3e, les autres viendront au fil de la semaine. Pour nous, les rendez-vous pédagogiques ont été pris, nous nous réunirons avec les professeurs principaux des deux collèges dans les quinze jours, nous avons programmé des stages, et de faire des conseils le plus tôt possible afin d'être très réactifs, puisque ce n'est plus le collège Mistral, ni le collège Giéra, c'est le collège Mistral 2 et que nous devons construire un nouveau projet. Ce défi dont la barre est placée haut nous devons le relever, nous avons des projets dans les cartons, nous sommes dans les starting blocks

Recteur de Gaudemar
Ces visites de rentrée sont symboliques, une façon de voir in situ les projets pédagogiques que les établissements vont mener. Par ma visite, je voudrais saluer une cité scolaire de référence avec un enseignement supérieur qui a pris de l'ampleur. Elle a des initiatives originales en termes de mixité sociale, je pense à la classe préparatoire IEP. Cette cité scolaire a toujours manifesté son intention de rester sur la ligne de crête qui n'est pas facile à tenir, c'est-à-dire à la fois l'excellence scolaire et en même temps de participer à ce qui est la plus belle ambition du service public, à savoir faire que par l'école puissent réussir des élèves d'origine sociale et culturelle défavorisée. Tenir la ligne de crête entre l'ambition sociale et l'ambition scolaire est difficile, il arrive souvent que l'on sacrifie l'une à l'autre. Un recteur est toujours heureux d'avoir dans son académie un établissement qui clame haut et fort cette philosophie. Nous sommes engagés dans un véritable défi, les collectivités territoriales ont manifesté leur volonté de nous accompagner. D'une certaine manière, 200 élèves nouveaux, c'est beaucoup, mais il faut rapporter ce chiffre à la taille d'une cité qui a perdu des élèves depuis la création du lycée Jean Vilar (NDLR à Villeneuve, dans le Gard, de l'autre côté du Rhône). La mixité sociale, j'ai du mal à imaginer que au sein de la communauté éducative on puisse être hostile à cette idée. Mais en même temps il faut profiter de cette occasion pour repenser le projet du collège, peut-être au-delà, au nom de phénomènes de continuité, mais aussi repenser tous ensemble chacun dans notre champ de compétences ce qu'est la mixité sociale, ses modes d'organisation, et plus encore ses conséquences. C'est sans doute difficile, mais j'ai envie de dire que c'est majeur actuellement dans l'Education nationale. Derrière ce qui se joue dans cette cité scolaire pointe ce qui est à la fois le plus beau et le plus difficile des défis que nous avons à affronter dans les années à venir. Là où est testée l'efficacité de notre travail, c'est face à cette mixité des publics parce que très souvent on peut se leurrer, se satisfaire d'excellents résultats mais sur un terrain qui a été tellement bien préparé que la valeur ajoutée de notre travail est très modeste, et nous n'avons pas toujours la lucidité de le reconnaître. Quand on est à l'inverse confronté à des publics plus hétérogènes, à l'image du Vaucluse département très divers dans sa composition, tester l'efficacité de notre travail voire mesurer l'inefficacité de choses auxquelles nous étions accoutumés, cela est notre travail. Vous avez une grande expérience, vous avez obtenu des résultats, je remarque d'ailleurs qu'ils se sont améliorés par rapport à une époque où les choses étaient moins faciles socialement, peut-être faut-il explorer des modes de travail nouveaux, c'est ce que nous nous employons à faire en collège, sans doctrine pré établie, sans théorie, à travers toutes les formes d'accompagnement des élèves dans un travail plus individualisé, plus susceptible d'apporter une réponse aux difficultés. Nous savons bien que la véritable valeur de notre travail porte sur les 15,20,25% d'élèves qui ont des difficultés. Vous avez à Mistral des élèves qui, sans vous, réussiraient peut-être un moins bien mais réussiraient quand même, et puis il y a des élèves dont nous savons qu'ils ne réussiront pas si nous n'inventons pas des choses qui dépassent les limites du rapport pédagogique traditionnel. Je suis certain que vous y arriverez, invention, innovation, pas simplement reproduction de schémas bien maîtrisés et surtout pas de déploration. Je sais que vos équipes pédagogiques sont totalement attachées à cette réussite. Je me propose de revenir un peu plus tard dans l'année, quand vous aurez une expérience un peu plus outillée à travers les observations que vous serez amenés à faire.
Claude Haut, président du conseil général - Je suis très heureux d'entendre les propos de M le recteur et de M. le proviseur. En ce qui concerne le Département, qui, par sa décision, est à l'origine de cette situation, nous sommes à l'écoute et notre volonté que cette opération réussisse est égale à la vôtre. Nous sommes conscients des difficultés qui peuvent surgir et ont déjà surgi. Nous sommes dans le concret, dans la réalité, quand ce n'était qu'une hypothèse il y a peu. Nous sommes proches de vous et en particulier dans le domaine des travaux à effectuer. C'est la Région qui , en termes de compétences légales puisqu'il s'agit du lycée, effectuera les travaux, mais je le dis publiquement c'est le Département qui prendra en charge le coût de ces travaux.
Jean-Louis Joseph, vice-président de la Région. Michel Vauzelle sera dans le Vaucluse mardi prochain, il fera des annonces sur les nouveautés de cette rentrée. Pour le dossier qui nous occupe, il ne génère pas de chamboulements dans le fonctionnement du lycée, mais l'accroissement de la population scolaire de la cité entraîne des modifications. Nous travaillerons en collaboration avec vous, monsieur le recteur et avec le conseil général. Le président Haut ayant donné son accord, des travaux seront réalisés rapidement . Il y a plusieurs types de projets, ceux qui ne nécessitent pas de permis de construire, nous avons une plénière le 25 octobre, nous soumettrons ces travaux au vote de l'assemblée, et puis il y a des travaux qui nécessitent des permis, nous allons demander à l'Etat d'accélérer l'instruction. Ces travaux pourraient être réalisés au cours de l'année 2010.
Parent d'élève. Pouvez-vous donner des détails sur les travaux ?
Jean-Louis Joseph.
L'allongement de la coursive dans le bâtiment collège demande permis, ce sont des travaux de petit montant, cela peut aller très vite. Le prolongement de l'auvent devant la demi pension ne demande pas de permis, nous voterons les travaux le 25 octobre. Pour les chantiers plus importants, il faut en discuter. L'extension du CDI, par exemple, demandera davantage de travaux, il devrait faire 200m2, cela nécessitera un permis car il y a modification substantielle du bâti.
Claude Haut - Ces travaux sont actés, il s'agit simplement d'une procédure administrative de dépôt de permis, nous comptons sur l'appui de la Ville d'Avignon et de l'Etat pour accélérer le processus.

Parent d'élève - Nous avons ressenti cette décision comme imposée avec la sensation d'une précipitation. On nous avait parlé de 180 élèves en provenance de Giéra, nous apprenons qu'ils sont 25 en plus. Et cela nous conduit à évoquer la question des moyens, seront-ils suffisants ?

Philippe Brenier, professeur histoire-géographie Snes - Nous attendions 180 élèves, on nous annonce plus de 200, nous avons des inquiétudes sur les effectifs par classe, Mistral , selon la nomenclature du rectorat est en catégorie 3, les classes ne peuvent dépasser 26 élèves, mais ce nouvel apport va demander une révision du classement de nature à faire baisser cette barre er de permettre un enseignement plus adapté. Nous disposions également à Giéra des heures de vie de classe (1) que nous consacrions à l'information sur l'orientation. A Mistral de 80 à 85% des élèves sont orientés en seconde générale, ce taux tombe à 30-35% pour Giéra. Pendant les heures qui nous étaient allouées, l'équipe pédagogique expliquait que la voie générale n'était pas la seule, que des études supérieures étaient possibles. Nous ne retrouvons plus ces heures dans nos emplois du temps. A Giéra, nous avions deux professeur principaux par classe, ce qui confortait un suivi pédagogique, nous ne le retrouvons plus. Nous n'avançons rien, nous attendons. Aucun enseignant présent dans cette assemblée ne peut dire comment les choses vont se dérouler en classe. Monsieur le recteur, vous nous avez parlé d'innovation, très bien, encore faut-il pouvoir mettre en place cette politique

Recteur de Gaudemar - Que nous ne sachions pas comment cela va se passer, c'est normal, j'en sais sans doute encore moins que vous. L'inspecteur d'académie vous donnera des détails sur la composition et le nombre des arrivants, mais je fais remarquer que nous devions tenir compte de la forte déperdition d'effectifs du fait de l'ouverture du lycée Jean Vilar. Il est presque logique que nous utilisions cette possibilité. En termes d'équilibre général, la cité scolaire va retrouver des effectifs qui étaient les siens il y a trois ans. Nous sommes démographiquement sur une situation négative. Nous avons strictement mis en application les engagements que nous avions pris. Nous avons transféré les moyens très importants qui étaient mis sur Giéra, davantage même avec un petite valeur ajoutée en raison du caractère particulier de l'opération. J e crois pouvoir dire que vous partez dans des conditions qui sont bonnes. Est-ce que cela sera suffisant ? Le mode devra-t-il être adapté aux résultats constatés ? C'est une éventualité que nous gardons ouverte. Mais le point de départ est de qualité par rapport aux critères habituels que nous utilisons, ce classement en catégorie, que vous évoquiez et qui est le fruit d'arbitrages au niveau académique. Le collège Mistral changera sans doute de catégorie, nous en tiendrons compte au moment de la préparation de la prochaine rentrée. Nous avons défini une typologie en fonction de critères objectifs pour dégager des principes dans la répartition des moyens. Nous avons mis en place tout un dispositif qui vous permettra de bénéficier de la part des corps d'inspection d'un accompagnement pour vous aider. Cela nous fournira des éléments de réflexion pour tirer des leçons qui s'imposent. Je ferai le maximum pour vous aider tout en respectant le cadre des contraintes qui me sont imposées par ailleurs. Personne ne peut douter de notre volonté d'aller le plus loin possible. Il s'agit d'une fécondation croisée qui va s'opérer, entre l'expérience de deux équipes, Giéra et Mistral. J'attire votre attention sur le fait que Mistral n'était pas exempté de travail sur la mixité sociale, aussi bien au lycée qu'au collège avant même cette opération. Les élèves de Giéra devront sortir de ce caractère un peu ghetto de leur établissement, mais je pense à l'enrichissement extraordinaire que peut représenter pour les élèves de Mistral le contact avec des camarades d'une autre origine, je le dis sans emphase, c'est cela le service public d'éducation nationale. 
Bernard Lelouch, IA du Vaucluse. Le nombre, compté hier, d'élèves originaires de Giéra s'élève à 196 le reste environ 25 élèves, viennent d'autres collèges. Nous avons respecté le classement de Mistral en catégorie 3 pour le taux d'encadrement. Nous avons créé une 9e division supplémentaire quand nous avons compris le succès de cette opération, la cité scolaire Mistral devenant emblème de la mixité sociale. Il y avait 36 heures Ambition réussite à Giéra et nous avons transféré 36 heures à Mistral et autant à Vernet. M le recteur, après avoir reçu les représentants du personnel, a accordé des moyens qui n'étaient pas prévus dans le classement pour accompagner ce travail sur la mixité sociale. Par exemple, il y a 5 CPE, quel établissement peut s'enorgueillir d'en avoir autant pour garantir la sérénité de la vie scolaire. Nous n'avons pas fait l'économie d'AED dans le transfert, la totalité et au-delà ont été attribués. Si l'on évoque une division à 27 élèves, il faut également parler de celles qui n'en ont que 23 .
Un enseignant. Je suis rentré ce matin avec une classe de 3e, les effectifs étaient tout à fait corrects, 22, 23. Au niveau des moyens humains, les AED, les efforts sont patents. Au niveau des horaires, cela l'est moins ainsi qu'au niveau des locaux. Nous avions à Giéra une centaine d'heures d'autonomie (2) qui nous permettaient d'avoir des options très riches, artistiques, culturelles, scientifiques. Il est clair qu'elles n'ont pas été redistribuées. Les heures d'autonomie redistribuées sur Mistral ont servi à nourrir des groupes sciences, techno SVT. Une heure de soutien en français, maths et histoire-géographie a été rajoutée ce qui constituait une forte demande de notre part. Au niveau des salles, j'ai cru comprendre que cela a généré des problèmes d'organisation, en particulier avec la création d'une 9ème division. Nous n'avons plus d'heure de vie de classe, comme l'a rappelé mon collègue.

 

Le proviseur Jailin. Notre carte des langues complique les choses, nous proposons anglais, allemand, espagnol, italien, chinois, cela multiplie le besoin de locaux. Nous aurions aimé alléger les groupes dans certaines disciplines. Il faut être honnête nous avons des problèmes de salles de sciences nat, mais nous avons trouvé des solutions. Nous avons gardé une réserve de réactivité, parce que nous ne savons pas comment cela va fonctionner et quels efforts d'adaptation seront nécessaires. C'est pour cette raison que nous avons programmé une réunion de professeurs principaux dans les quinze premiers jours.

Recteur de Gaudemar. Une précision indispensable sinon nous allons vivre dans un malentendu permanent. Vous allez vivre une situation nouvelle, différente, il ne s'agit pas de recréer un mini Giéra, faire cela nous conduirait à contre sens par rapport à l'ambition que nous avons. Nous avons tenté de mettre à votre disposition un effort qui n'est pas miraculeux mais qui est correct. La classe de 3e que vous avez accueillie ce matin n'est pas celle de Giéra, vous avez perdu des choses mais vous en avez gagné plein d'autres, à commencer par l'extraordinaire diversité de vos élèves et de la tâche qui vous attend. Je suis certain que vous devrez inventer de nouvelle formes d'enseigner quand vous constaterez comment les élèves de Giéra s'intègrent ou pas

Interview de Philippe Brenier (Snes)

Votre sentiment global sur cette opération ?

Elle est nouvelle et sans doute unique en France. Elle nous passionne même si personne ne sait ce qu'il peut se passer.  Les deux équipes pédagogiques (Mistral et Giéra) de l'an passé se sont réunies dès l'annonce du redéploiement et ont commencé à travailler sous l'autorité d'un Inspecteur pédagogique régional.  M. le recteur parlait d'innovation, d'invention, l'équipe pédagogique, désormais unique, tentera de les mettre en place avec compétence et investissement, encore faut-il que nous ayons tous les moyens d'y parvenir.

Ce qui n'est pas le cas selon vous?

Quand M. l'inspecteur d'académie dit que tous les moyens Ambition Réussite ont été transférés, ce n'est pas exact. Nous ne retrouvons pas le dispositif "deux professeurs principaux" par exemple. Ou les heures permettant de faire de l'information à l'orientation, champ tellement important avec les élèves de Giéra.

Ce sont deux publics scolaires totalement différents ?

Totalement je ne sais encore. Je prends ma première classe en 4e demain. Mais les critères objectifs font état de grandes différences. Il y a de très bons élèves à Giéra, 30% sont orientés en seconde générale, mais ce pourcentage est de 80% à Mistral. Les résultats aux évaluations en 6e sont de l'ordre, je ne sais avec précision, de 80-85% de bonnes réponses, ils sont inférieurs à 50% à Giéra. Le rapport dans les effectifs globaux semble de l'ordre de 45% élèves Giéra, 55% Mistral. La répartition dans les classes s'est faite équitablement. 

Cela va demander une pédagogie différenciée, avez-vous assez d'heures d'accompagnement ou de soutien ?

L'administration, à notre demande, a prévu des heures de ce type. Mais nous ne savons pas si ce dispositif sera suffisant. Je le redis, personne ne peut se targuer de dire où nous allons.

Quel est le principal motif d'inquiétude ?

 Le manque de locaux et le sentiment de précipitation. La fermeture du collège Giéra était une question ouverte depuis des années sur Avignon. Je suis salement étonné que le Conseil général n'ait pas envisagé les travaux depuis longtemps. Les élus et techniciens semblent découvrir le besoin d'un CDI. Tout aurait dû être au moins planifié, prévu il y a déjà pas mal de temps pour une ouverture rapide des travaux dès la décision prise. Or tout se fait à la va-vite, au dernier moment.

(1)  Heure de vie de classe
C'est une heure inscrite à l'emploi du temps des élèves en moyenne tous les quinze jours. Elle est confiée au professeur principal et aborde différents thèmes concernant la vie des élèves et de l'établissement.
 (2) Chaque établissement reçoit une DHG qui lui est attribuée par l'Inspection d'Académie pour les collèges, et par le Rectorat pour les lycées.  Elle comporte :

Une partie fixe, qui couvre le programme obligatoire : en effet, pour chaque discipline et chaque niveau de classe, il existe un « horaire-plancher », fixé par le cadre règlementaire, en-dessous duquel l'établissement ne peut pas descendre.

Une partie de la DHG est laissée à disposition de l'établissement dans le cadre de son autonomie pédagogique. Cette marge de manœuvre permet à l'établissement d'organiser le soutien scolaire, et de promouvoir certaines options ou langues.

 
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